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	<title>Kostas Mavrakis &#187; Roland Barthes</title>
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	<description>Chronique (et critique) de l&#039;art et du non-art</description>
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		<title>Exhortation à Alain Paucard</title>
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		<pubDate>Tue, 26 Jan 2010 09:49:25 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mavrakis</dc:creator>
				<category><![CDATA[Art / Non-art]]></category>
		<category><![CDATA[Alain Besançon]]></category>
		<category><![CDATA[Bazaine]]></category>
		<category><![CDATA[Delacroix]]></category>
		<category><![CDATA[Duchamp]]></category>
		<category><![CDATA[figuratif]]></category>
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		<category><![CDATA[Maurice Denis]]></category>
		<category><![CDATA[moderne]]></category>
		<category><![CDATA[non-art]]></category>
		<category><![CDATA[Roland Barthes]]></category>

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			<content:encoded><![CDATA[<p>Alain Paucard a déjà produit une œuvre aussi variée qu’abondante publiée par de grands éditeurs, parfois préfacée par des personnalités illustres comme Jean Dutourd et, last but not least, couronnée deux fois par l’Académie française. Il m’a fait l’amitié de m’envoyer son dernier livre très spirituel : Manuel de résistance à l’art contemporain dont le seul titre est fait pour m’enchanter. J’ai reçu enfin de lui une lettre dans laquelle à côté de mots aimables sur mon ouvrage Pour l’Art il exprime des vues qui ne coïncident pas toujours avec les thèses que je défends. Ma réponse est une sorte de parénèse ou exhortation dans laquelle je l’invite à faire encore un effort pour ne plus se soucier d’être moderne. J’y déploie une argumentation qui ne manquera pas d’intéresser mes fidèles visiteurs. La voici.</p>
<p style="text-align: right;">« Tout d’un coup, il m’est devenu<br />
indifférent de ne pas être moderne.»<br />
Roland Barthes</p>
<p>Merci pour ton livre et ta lettre que j’ai lus avec beaucoup d’intérêt. Je suis d’accord avec les trois-quarts de ce que tu dis ce qui nécessite quelques explications.<br />
Tu fais allusion à la fameuse définition de Maurice Denis. Elle a beaucoup servi pour légitimer l’abstraction mais c’est au prix d’un malentendu car elle est compatible avec une conception traditionnelle de cet art à laquelle adhérait son auteur. A la page 182 de mon livre Pour l’Art, je cite Delacroix déclarant que « le premier mérite d’un tableau est d’être une fête pour l’œil » et parlant de l’attrait qu’exerce une peinture même vue de loin et sans qu’on sache ce qu’elle représente ni ce qu’elle signifie (p 187). Delacroix était donc conscient de la beauté abstraite d’un tableau (figuratif). Est-ce à dire qu’il apprécierait la beauté d’une toile abstraite ? Rien n’est moins sûr. Les chefs d’œuvre de la peinture ancienne possèdent toutes les qualités d’une peinture abstraite mais ils en ont beaucoup d’autres dont cette dernière est privée. P 215 de mon livre susmentionné, tu pourras lire le passage suivant : « Bazaine, plaidant pour sa boutique, affirme que l’art de toutes les époques a été abstrait. L’exemple de Vermeer en serait la preuve. On ne voit pas comment cet éloge du maître de Delft pourrait conférer quelque lustre aux pauvretés non-figuratives. Si tout Bazaine est dans Vermeer, qu’en est-il de la réciproque ? C’est elle qu’il eût fallu établir. La figuration excède l’abstraction qu’elle inclut. Les œuvres de Vermeer, outre leurs qualités formelles dont Bazaine tire argument pour les annexer, recèlent bien d’autres richesses. … ». Voilà pourquoi je peux goûter Soulages, de Staël, Mathieu tout en exigeant plus et en sachant qu’il ne s’agit pas là de peinture mais d’une catégorie, dépourvue de symétrie, de l’art décoratif. Je te rappelle à ce propos la définition que je donne de l’art en général : « activité créatrice de formes signifiantes et prégnantes source d’émotion esthétique ». La définition de la peinture, dans sa conception la plus ambitieuse et aboutie inclut des critères supplémentaires qui sont 1) un vocabulaire emprunté au visible ; 2) le rendu des volumes et de l’espace tridimensionnel ; 3) le rendu de la lumière. Vermeer satisfait à tous ces critères. L’art byzantin renonce à l’espace tridimensionnel, ce qui justifie les réserves à son égard d’Alain Besançon.<br />
Aux pages 26-27 de ton livre tu déroules un inventaire de tous les objets improbables qui à un moment ou un autre ont prétendu au statut d’œuvre d’art sous l’invocation de saint Marcel Duchamp. Cette calamité n’est pas tombée du ciel ; elle a une provenance. Le premier ready made daté du début de 1914 est postérieur d’à peine neuf ans aux Fauves, de six ans au cubisme de Braque, de quatre ans à la première aquarelle abstraite de Kandinsky. L’urinoir est exactement contemporain des carrés de Malévitch. Les monochromes de Rodtchenko viendront juste après (1922). Cela signifie qu’à l’échelle de l’histoire l’effondrement de deux arts majeurs de la civilisation occidentale : la peinture et la sculpture a été presque instantané à partir du moment où leurs fondations dans la mimésis ont été sapées. Pour restaurer le grand art &#8211; et notre civilisation qui s’enracine dans la Grèce antique &#8211; il faut commencer par restaurer ces fondations comme tu le dis toi-même. Je te cite : « On ne construit – ou reconstruit – que sur des fondations » (p 24). Sans cette condition, rien n’est possible. Tout le devient dès lors qu’elle est remplie.<br />
Je conclurai, cher Alain, en brodant autour d’une pensée que je trouve à la page 47 de ton livre.<br />
Le dadaïsme a-t-il été une révolte contre la boucherie de 14–18 comme le prétend un certain discours apologétique ? Chez Duchamp, il précède la guerre et les joyeux loustics de Zürich n’étaient pas dans les tranchées. Ceux qui ont souffert étaient trop graves pour participer à de telles mascarades. Cependant, même si on admet cette justification, il n’en reste pas moins que la lutte actuelle « contre la barbarie » exige, selon tes propres termes, « le retour au classicisme », c’est-à-dire aux principes de l’ars perennis. Ces principes sont la formulation synthétique de ce qu’ont de commun les chefs d’œuvre de tous les temps. En s’y conformant, l’artiste reste fidèle à sa vocation. Il ne s’agit pas là d’un jugement de valeur exprimant un goût idiosyncrasique, mais d’un jugement de réalité concernant le statut ontologique de ce dont on parle : art ou non-art ? Il faut décider. Hic Rhodus, hic salta, disait Marx.</p>
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		<title>Controverse sur Rancière</title>
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		<pubDate>Thu, 17 Dec 2009 12:46:42 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mavrakis</dc:creator>
				<category><![CDATA[culture]]></category>
		<category><![CDATA[Alain Badiou]]></category>
		<category><![CDATA[non-art]]></category>
		<category><![CDATA[Rancière]]></category>
		<category><![CDATA[Roland Barthes]]></category>

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		<description><![CDATA[L&#8217;auteur d&#8217;un blog intitulé Random thoughts m&#8217;attaque violemment pour avoir critiqué un texte de Jacques Rancière où l&#8217;on pouvait lire ceci:
&#171;&#160;pourquoi donc considérer que l&#8217;art en général est en crise si celui qui venait dans un musée voir de la peinture trouve à sa place des tas de vieux habits, des empilements de postes de télévision ou [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">L&#8217;auteur d&#8217;un blog intitulé <em>Random thoughts</em> m&#8217;attaque violemment pour avoir critiqué un texte de Jacques Rancière où l&#8217;on pouvait lire ceci:</p>
<p style="text-align: justify;">&laquo;&nbsp;pourquoi donc considérer que l&#8217;art en général est en crise si celui qui venait dans un musée voir de la peinture trouve à sa place des tas de vieux habits, des empilements de postes de télévision ou des porcs coupés en deux? Et si même on pouvait taxer [tout cela] de nullité [Rancière n'en est pas sür] pourquoi l&#8217;éclipse momentanée d&#8217;un art parmi d&#8217;autres serait-elle la catastrophe de l&#8217;art?&nbsp;&raquo;</p>
<p style="text-align: justify;">A cela je répondais en ces termes. Ce qui s&#8217;exprime ainsi [...] c&#8217;est le mépris de la peinture [...] Puisque leur art et un parmi d&#8217;autres, qu&#8217;importe le génocide des peintres? De même puisque les Juifs étaient un peuple parmi d&#8217;autres en quoi le reste de l&#8217;humanité est-il atteint par leur disparition? Au dmeurant si tout le monde trouvait normal de voir dans un musée le genre d&#8217;objets qui ne dérangent pas Rancière l&#8217;éclipse de la peinture ne serait pas mompentanée mais définitive. Ce symptôme de barbarie a déjà eu des répercussions sur toute la gamme des créations artistiques. Certains &#8211; mais ce sont des poètes &#8211; l&#8217;ont pressenti : Yves Bonnefoy, par exemple, ou Peter Handke, pour qui &laquo;&nbsp;la perte de l&#8217;image est la plus douloureuse de pertes&nbsp;&raquo;.</p>
<p style="text-align: justify;">Mon allusion à la Shoah suscita l&#8217;indignation de l&#8217;auteur du blog cité. Je fus ainsi amené à lui adresser la réponse suivante.</p>
<p style="text-align: justify;">Cher ami,</p>
<p style="text-align: justify;">Eliminer la race des peintres en tant que tels n&#8217;est pas la même chose que les tuer. C&#8217;est entendu. Mais qui dit le contraire? Comparaison, parallélisme, analogie ne signifient pas identification. Les hyperboles ne sont pas à prendre au pied de la lettre. Dois-je préciser que j&#8217;utilise le mot &laquo;&nbsp;race&nbsp;&raquo; à l&#8217;un des sens qu&#8217;il a toujours eu comme vous l&#8217;apprendra un bon dictionnaire? Mon but en recourant à la figure de rhétorique qui vous a tant choqué (à tort) était de secouer le lecteur. Apparemment j&#8217;y suis parvenu. On peut alors passer aux chose sérieuses comme de porter un jugement correct sur le non-art et les thèses de Rancière le concernant. Thèses contre lesquelles je mobilise bien d&#8217;autres arguments et ce, non pas dans un article, comme vous le dites mais dans mon dernier livre: <em>De quoi Badiou est-il le nom? Pour en finir avec le (XXe) Siècle</em>.</p>
<p style="text-align: justify;">Mon contradicteur ayant à nouveau tenté de me refuter dans une très longue note intitulée &laquo;&nbsp;Duplique&nbsp;&raquo; à laquelle on se reportera sur le blog cité, je lui ai laissé l&#8217;ultime commentaire suivant.</p>
<p><span style="font-size: 11pt; line-height: 150%;"><span style="font-family: Times New Roman;">Cher Monsieur,</span></span><span style="font-size: 11pt; line-height: 150%;"><span style="font-family: Times New Roman;"> </span></span><span style="font-size: 11pt; line-height: 150%;"> </span><span style="font-size: 11pt; line-height: 150%;"><span style="font-size: 11pt; line-height: 150%;"><span style="font-family: Times New Roman;">Nous partageons des valeurs qui devraient rendre notre controverse inutile. Ne rendons pas principale une contradiction secondaire, comme disait Mao et ne perdons pas de vue les problèmes de fond sur lesquels il semble que nous soyons proches. En vous répondant une dernière fois je ne vise qu’à dissiper des malentendus. </span></span><span style="font-size: 11pt; line-height: 150%;"><span style="font-family: Times New Roman;">Passons rapidement sur trois premiers points : </span></span></span></p>
<p><span style="font-size: 11pt; line-height: 150%;"><span style="font-size: 11pt; line-height: 150%;"><span style="font-family: Times New Roman;">1. Le<span>  </span>syntagme « de même » introduit dans mon texte un simple parallélisme. </span></span></span></p>
<p><span style="font-size: 11pt; line-height: 150%;"><span style="font-size: 11pt; line-height: 150%;"><span style="font-family: Times New Roman;">2. Vous assimilez l’hyperbole à l’exagération. Or la première peut être justifiée, jamais la seconde. </span></span></span></p>
<p><span style="font-size: 11pt; line-height: 150%;"><span style="font-size: 11pt; line-height: 150%;"><span style="font-family: Times New Roman;">3. Le philosophe ne doit pas dédaigner les fleurs de la rhétorique. Elles assurent la bonne transmission des idées tout comme en art la forme contribue à communiquer le contenu.</span></span></span></p>
<p><span style="font-size: 11pt; line-height: 150%;"><span style="font-size: 11pt; line-height: 150%;"><span style="font-family: Times New Roman;">4. Vous imaginez un contradicteur qui retournerait contre moi une argumentation homologue à la mienne. Il aurait tort, dites-vous. Certes, mais pour une raison de fond, nullement à cause du procédé rhétorique. Dans mon livre <em>Pour l’Art. Eclipse et renouveau</em> j’ai montré qu’on peut distinguer l’art du non-art qui en est non le contraire mais l’inverse au sens de Badiou (ce qui n’a rien de commun avec ce dont il est l’inverse). La substitution du non-art à l’art dans le domaine de la peinture et de la sculpture qui entraîna l’élimination des artistes dans ces deux disciplines est criminelle purement et simplement (sans hyperbole). Je sais de quoi je parle étant un survivant de ce forfait. Très naturellement je souhaite que cette usurpation d’identité prenne fin. Suis-je semblable à un génocidaire ? La réponse à cette question peut être oui ou non. Cela dépend. L’argumentation de mon contradicteur fictif n’est pas « ridicule ». Elle présuppose seulement que le non-art a une haute valeur artistique. A cette condition elle est irréprochable. En revanche on la rejettera si l’on tient son présupposé pour faux et même absurde. Ce qui est le cas.</span></span></span></p>
<p><span style="font-size: 11pt; line-height: 150%;"><span style="font-size: 11pt; line-height: 150%;"><span style="font-family: Times New Roman;">5. Dans &laquo;&nbsp;La préparation du roman&nbsp;&raquo; Roland Barthes, évoquant la menace de dépérissement ou d&#8217;extinction qui pèse sur la littérature, parle d&#8217;&nbsp;&raquo;une sorte de génocide spirituel&nbsp;&raquo;. A l&#8217;avenir vous adresserez vos reproches acerbes à Roland Barthes.</span></span></span></p>
<p><span style="font-size: 11pt; line-height: 150%;"><span style="font-size: 11pt; line-height: 150%;"><span style="font-family: Times New Roman;">Ai-je été trop sévère à l’égard de Rancière notamment au sujet de son mépris de la peinture ? Pour en juger, il faut lire les pages 66-72 de mon livre sur Badiou dans lesquelles je cite Rancière comparant les tableaux du Louvre à des alignements de portraits de famille. </span></span></span></p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
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