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	<title>Kostas Mavrakis</title>
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	<description>Chronique (et critique) de l&#039;art et du non-art</description>
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		<title>Picasso l&#8217;illusionniste</title>
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		<pubDate>Thu, 12 Apr 2012 08:45:13 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mavrakis</dc:creator>
				<category><![CDATA[Art / Non-art]]></category>
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		<description><![CDATA[Comme l’a montré Romulo Antonio Tenès, les esquisses et pochades attribuées à Picasso (1881 – 1973) et  datées de la période 1891 – 1897 sont dus, en fait, à son père Josè Ruiz-Blasco. Plusieurs salles du musée Picasso de Barcelone présentent ainsi des œuvres du père comme étant du fils. Celui-ci n’a commencé à peindre qu’en [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Comme l’a montré Romulo Antonio Tenès, les esquisses et pochades attribuées à Picasso (1881 – 1973) et  datées de la période 1891 – 1897 sont dus, en fait, à son père Josè Ruiz-Blasco. Plusieurs salles du musée Picasso de Barcelone présentent ainsi des œuvres du père comme étant du fils. Celui-ci n’a commencé à peindre qu’en 1903, à vingt-deux ans, ce qui est un âge normal pour débuter dans cet art. S’appuyant sur cette usurpation d’identité, et avec la complicité de nombreux marchands et conservateurs intéressés, Picasso s’est fabriqué une légende d’enfant prodige pour accréditer l’idée qu’il aurait pu devenir un grand peintre figuratif s’il ne s’était volontairement écarté de cette voie.</p>
<p style="text-align: justify;">On a invoqué le charme de certaines peintures de jeunesse (presque toutes inachevées) ainsi que les périodes bleues et roses. Se pourrait-il que Picasso ait eu un talent réel ? C’est bien possible mais pour élaborer, en partant de cette base, une œuvre authentiquement picturale (et pas seulement des dessins colorés) il aurait fallu beaucoup de travail sur chaque toile en particulier. Préférant un raccourci vers la célébrité, notre prestidigitateur a choisi la répétition par myriades de prétendus gestes créateurs mimant la mythique facilitée du génie. De même à ses débuts il avait fait croire que ses fautes de dessin étaient, comme on le prétendait à propos de Cézanne, un effet de style.    <strong> </strong></p>
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		<title>Les sophismes de Bernard Edelman</title>
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		<pubDate>Fri, 17 Feb 2012 18:11:58 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mavrakis</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Bernard Edelman a consacré un livre au procès qui opposa en 1926 un collectionneur américain Edward Steichen et les avocats de la milliardaire Mrs Harry Payne Whitney, fondatrice du musée homonyme, aux douanes des Etats-Unis. Celles-ci avaient appliqué le tarif prévu  pour les articles manufacturés, à une œuvre de Brancusi portant le titre Oiseau dans [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Bernard Edelman a consacré un livre au procès qui opposa en 1926 un collectionneur américain Edward Steichen et les avocats de la milliardaire Mrs Harry Payne Whitney, fondatrice du musée homonyme, aux douanes des Etats-Unis. Celles-ci avaient appliqué le tarif prévu  pour les articles manufacturés, à une œuvre de Brancusi portant le titre <em>Oiseau dans l’espace</em> qui, si on l’avait tenu pour une sculpture, aurait été exonéré<a href="http://www.kostasmavrakis.fr/wp-admin/post-new.php#_ftn1">[1]</a>. Comment une telle méprise avait-elle été possible ? Mais, au fait, était-ce une méprise <strong>? </strong>L’inspecteur des douanes n’avait pas perçu le prétendu « oiseau » comme étant <em>manifestement</em> une œuvre d’art. Or on ne peut reprocher à un  fonctionnaire qui n’est pas professeur d’esthétique de prendre ses décisions en fonction des caractéristiques <em>évidentes</em> des objets. Cette évidence était-elle toujours d’actualité ? On verra en tout cas qu’elle n’était pas remplacée, chez le juge, les avocats, les témoins et Bernard Edelman lui-même, par des idées beaucoup plus claires que celles du douanier au sujet de l’art et de sa définition. Saurait-on répondre à cette question que le problème trouverait <em>ipso facto</em> sa solution mais c’était impossible car tout ce petit monde confondait l’art et le beau. On peut définir le premier, mais pas le second dont la position est axiomatique : il est la cause de l’émotion <em>sui generis</em>, dite « esthétique ».<em> </em>   </p>
<p>Le pouvoir judiciaire ne saurait se substituer au critique d’art pour juger la valeur esthétique d’une œuvre et la déclarer « belle », c’est-à-dire réussie, ou pas ; il peut seulement  décider que tel objet entre ou non dans la catégorie des œuvres d’art. Encore faudrait-il disposer d’une définition consensuelle de cette dernière grâce à laquelle le tribunal se prononcerait  sur l’être de la chose en dehors de tout jugement de valeur. Les défenseurs du non-art contemporain prétendent qu’une telle définition est introuvable. J’en ai pourtant proposé une : « l’œuvre d’art est le produit d’une activité créatrice de formes signifiantes et prégnantes source de plaisir esthétique ». Il faut y ajouter que, dans le cas de la peinture et de la sculpture, les « formes » en question sont inspirées en grande partie par le visible<a href="http://www.kostasmavrakis.fr/wp-admin/post-new.php#_ftn2">[2]</a>. Non sans raison, l’inspecteur des douanes ne s’est pas posé de questions auxquelles il ne pouvait répondre. Comme l’a montré Wittgenstein, s’il y a des notions qui sont difficiles à définir, on peut néanmoins les utiliser en risquant assez peu de se tromper. Il suffit de constater qu’elles recouvrent des objets qui ont en commun un « air de famille ». Notre homme voyait tous les jours passer sous ses yeux des œuvres d’art incontestables. L’<em>oiseau</em> de Brancusi ne partageait avec elles aucun air de famille. Si la Cour de justice ne se contentait pas du critère de Wittgenstein, il lui aurait fallu la définition ci-dessus, seul moyen de clarifier un débat inextricablement embrouillé comme le montrent les longues citations qu’en donne Edelman. On y voit des témoins, convoqués à la barre à cause de leur autorité en matière artistique, se contredire grossièrement d’une réponse à l’autre comme dans le passage suivant : «Question : la Cour vous a demandé si vous appeliez ceci un oiseau. Mais si Brancusi l’avait appelé ‘’tigre’’, vous l’appelleriez ‘’tigre’’ vous aussi ? Réponse : ‘’Non’’. Le juge : « S’il l’avait intitulé ‘’animal en suspension ‘’, l’auriez-vous appelé ‘’animal en suspension » ? R. ‘’Non’’. Le juge :’’ Vous voulez dire que vous appelez ceci ‘’oiseau’’ parce que c’est le titre que lui a donné l’artiste ?’’ R. ‘’Oui Monsieur le Président’’. Q. : ‘’S’il lui avait donné un autre titre, vous le nommeriez du titre qu’il lui aurait donné ? ‘’ R. : ‘’Certainement’’ » (pp 139-140).</p>
<p style="text-align: justify;">Autrefois, une discussion aussi absurde n’aurait pu avoir lieu : ce que représentait une sculpture était indiscutable et son titre sans importance. Bien souvent une autre personne que l’artiste en décidait. Ce fut le cas, par exemple, pour <em>L’enlèvement de la Sabine </em>de Giambologna nommé par le poète Borghini ou pour <em>L’île des morts</em> de Böcklin désignée ainsi par un marchand de tableaux qui écarta le titre proposé par le peintre. Nommer le sujet d’une œuvre (ou prétendue telle) est devenu essentiel aujourd’hui  parce que cette étiquette sert de substitut à un contenu inexistant. Elle introduit l’illusion d’un sens là où il n’y en a pas. Sans son titre de <em>Guernica,</em> cette œuvre  de Picasso aurait peut-être été oubliée comme des dizaines de milliers d’autres choses qu’il a faites.</p>
<p style="text-align: justify;">Un haut degré de volonté mimétique a guidé la main d’innombrables artistes depuis quarante mille ans, produisant d’immenses chefs-d’œuvre.  Si vous enlevez à la peinture et à la sculpture le critère de la figuration, comme l’a finalement fait le tribunal américain, la différence  entre art et non-art devient indiscernable. Malgré le titre parlant de son livre, Edelman  n’en est pas conscient mais cette régression se manifeste dans l’impossibilité où il est d’éviter les raisonnements circulaires. Brancusi est un artiste puisqu’il réalisé « l’oiseau » et celui-ci est une œuvre d’art car il a été fait par un artiste. C’est ce que laisse entendre un témoin selon qui, si un sculpteur enlève au hasard des éclats à un morceau de pierre le résulta sera une œuvre d’art  (pp 93-94). Après avoir cité un jugement, Edelman déclare que désormais « l’œuvre valait ce que valait le créateur » (p 76) mais comment juger ce dernier si ce n’est au vu de ses œuvres ? Au cas où elles n’entreraient pas sous la catégorie art, ne serions-nous pas en droit de dénier à l’auteur la qualité  d’artiste ? Eh bien non ! Voilà où nous en sommes.               </p>
<p style="text-align: justify;">La grande autorité d’Edelman en matière d’art est Nelson Goodman. Rivalisant avec ce maître, il s’efforce d’être aussi sophiste que lui. Un des témoins ayant déclaré que <em>l’oiseau</em> était « trop abstrait », on lui demande si c’est l’absence de tout <em>élément</em> [je souligne] figuratif qui disqualifie <em>l’oiseau </em>et si celui-ci ne serait pas acceptable à condition qu’on lui adjoigne une tête. Le témoin répond non et, contrairement à ce que prétend Edelman, il ne se contredit nullement. Une œuvre d’art est un tout cohérent ; ce n’est pas l’addition d’un élément hétérogène qui peut rendre artistique ce qui ne l’est pas. S’attachant au mot « trop », Edelman ratiocine : si l’oiseau avait été « raisonnablement abstrait aurait-il trouvé grâce aux yeux du témoin ? Mais alors où commence et où finit l’abstraction ? » (p 126) A cela deux réponses : 1° pour qu’une sculpture soit  qualifiée d’« assez abstraite mais pas trop », il faudrait que son motif soit reconnaissable tout en étant stylisé. La notion de stylisation permet de désigner la part acceptable de l’abstraction dans un art fondamentalement figuratif ; 2° l’argument qui s’appuie sur l’impossibilité de tracer une frontière précise entre ceci et cela est un sophisme typique nommé  <em>sorite</em>.     </p>
<p style="text-align: justify;">L’étude de ce procès et des controverses esthétiques et juridiques qu’il suscita donne l’occasion à Bernard Edelman d’exposer ses idées philosophiques exaltant le Chaos et se prosternant devant le Néant. Il oppose à l’Américain « pour qui la nature est une création de Dieu » « l’Européen matérialiste pour qui la nature est régie par des processus physico-chimique » (pp 12-14). L’idée ne lui traverse pas l’esprit que la nature puisse être une création de Dieu <em>et</em> obéir à des lois physico-chimiques. Il ne craint pas non plus de se contredire en écrivant un peu plus loin que « la matière est sans foi ni loi » (p 18). En réalité, les enjeux théologiques qu’Edelman croit déceler dans cette affaire sont purement imaginaires et sont convoqués pour colorer de superstition la position de ceux qui considèrent d’un regard critique le non-art contemporain. Il s’agit d’enrôler du côté de ce dernier les cervelles molles des esprits qui se targuent d’être forts.   </p>
<p><strong> </strong></p>
<hr size="1" /><a href="http://www.kostasmavrakis.fr/wp-admin/post-new.php#_ftnref1">[1]</a> Bernard Edelman <em>L’adieu aux arts</em>, L’Herne 2011. Le livre était déjà paru chez Aubier-Flamarion en 2000.</p>
<p><a href="http://www.kostasmavrakis.fr/wp-admin/post-new.php#_ftnref2">[2]</a> Tous ces problèmes théoriques sont examinés dans mon livre <em>Pour l’Art. Eclipse et Renouveau</em>, Editions de Paris, Versailles 2006.</p>
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		<title>Le non-art perdrait-il son monopole?</title>
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		<pubDate>Wed, 08 Feb 2012 19:06:39 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mavrakis</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Parmi les intellectuels, le mépris vis-à-vis du non-art contemporain est l’attitude prédominante quoique tacite.  La plupart sont assez lucides pour savoir de quoi il retourne mais leur timidité naturelle ou des considérations tactiques (se réserver pour des combats tenus pour prioritaires), bref, la prudence et la peur des coups, les incitent à se tenir tranquilles [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Parmi les intellectuels, le mépris vis-à-vis du non-art contemporain est l’attitude prédominante quoique tacite.  La plupart sont assez lucides pour savoir de quoi il retourne mais leur timidité naturelle ou des considérations tactiques (se réserver pour des combats tenus pour prioritaires), bref, la prudence et la peur des coups, les incitent à se tenir tranquilles sur ce front. Dans notre belle démocratie sous tutelle médiatique, dire franchement ce qu’on pense est souvent dangereux. Peter Handke, Alain Finkielkraut, Jean-Philippe Domecq, Renaud-Camus, Alain de Benoist l’ont appris à leurs dépens.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce totalitarisme doux assure la reproduction du système quant à l’essentiel. Les changements sont ou bien en trompe-l’œil ou bien nocifs, voire destructeurs, et servent les intérêts du grand capital financier ; on les appelle « réformes ». L’objectif est de s’adapter à la mondialisation. Plus on va dans ce sens, plus les inégalités se creusent pour le plus grand profit du 0,1% de super-riches<a href="http://www.kostasmavrakis.fr/wp-admin/post-new.php#_ftn1">[1]</a>. Les conséquences désastreuses de l’attachement superstitieux à la technique, au productivisme et à la consommation dont fait preuve l’oligarchie politico-médiatique, ne tarderont pas à devenir manifestes même aux aveugles volontaires. Cependant, comme a dit Goethe, « Tout ce qui est né mérite de périr ». Platon avait déjà formulé la même idée en expliquant que cette fin inévitable intervient quand la dissension se glisse dans le groupe dominant. L’écroulement de l’URSS a confirmé cette vue. La légitimité d’une domination s’effrite avec le temps et un moment arrive où même les privilégiés n’y croient plus.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans ma note précédente, j’ai donné quelques indications sur les causes structurelles de la fin inéluctable du capitalisme dont je disais par ailleurs qu’il est, dans sa forme actuelle, la cause  et la base économique du non-art. En tant que tel (comme négation de l’art), celui-ci est identique partout ; à Paris comme à Dubaï, à New York comme à Shangaï tout comme le type de société. Capitalisme et non-art forment système. Or le monopole de ce dernier semble menacé. John Currin peintre estimable de nus très figuratifs fut exposé à New York en 2010 par Gagosian, le plus grand galeriste d’Art contemporain et fut montré au Mauritzhuis de la Haie en 2011. Peter Doig, qui lui aussi est un vrai peintre, a été soutenu par Saatchi, lequel a naguère lancé  les <em>Young British Artists </em>parmi lesquels Damien Hirst. Ce faisant, il a gagné des millions de livres par les procédés faciles consistant à « enchérir contre lui-même par le truchement de tel ou tel »<a href="http://www.kostasmavrakis.fr/wp-admin/post-new.php#_ftn2">[2]</a> et à faire attribuer à ses poulains le prix Turner qu’il avait fondé. Tout cela lui était possible grâce à son immense richesse gagné comme publicitaire.  Aujourd’hui, brûlant ce qu’il avait adoré et adorant ce qu’il avait brûlé, il publie dans <em>The Guardian </em>(2 déc. 2011) un article incendiaire contre le monde de l’art contemporain dont se sont fait l’écho les journaux <em>Libération</em> et <em>Le Figaro </em> (5/12/2011 et 7/12/2011). Ce qu’il dit n’a rien de nouveau mais que ce soit lui qui le dise est symptomatique. Quelques extraits vous édifieront. « Etre un acheteur d’art, aujourd’hui est (…) chose vulgaire. (…) c’est le sport de la lie européenne (<em>Eurotrash</em>), de créateurs de <em>hedge funds</em>, d’oligarques à la mode et des rois du pétrole. Est-ce que ces gens aiment vraiment l’art ou est-ce qu’ils savourent simplement le fait (…) d’en imposer par leur richesse et une attitude mortellement cool ». « Il n’y a ni ‘’amour de l’art’’ ni même ‘’curiosité’’ , certainement pas d’œil’ » y compris « chez les commissaires d’exposions incapables de distinguer le bon du faible. Ils préfèrent montrer des vidéos d’incompréhensibles installations post-conceptuelles  car ils sont bien en peine d’évaluer une peinture».</p>
<p style="text-align: justify;">Venant après les remous provoqués, y compris dans les grands medias, par les expositions de Koons et de Murakami au château de Versailles, les quelques faits que je viens de signaler pourraient être interprétés comme les premiers craquements annonciateurs d’un futur glissement de terrain. Reste à expliquer pourquoi celui-ci n&#8217;a pas déjà eu lieu. C&#8217;est ce que je ferai dans ma prochaine note.           </p>
<p> </p>
<hr size="1" /><a href="http://www.kostasmavrakis.fr/wp-admin/post-new.php#_ftnref1">[1]</a> Sur ces points lire <em>La grande démolition</em> par Roland Hureau, Buchet . Chastel 2012.</p>
<p><a href="http://www.kostasmavrakis.fr/wp-admin/post-new.php#_ftnref2">[2]</a> <em>Cf</em>. Georges Bernier <em>L’art et l’argent</em>, Ramsay 1990, p 284.</p>
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		<title>Les conditions d&#8217;un renouveau de l&#8217;art</title>
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		<pubDate>Fri, 27 Jan 2012 18:19:57 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mavrakis</dc:creator>
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		<description><![CDATA[  En réponse à une question qui m’a été posée, je voudrais examiner quelle pourrait être la base économique, sociale, politique, idéologique d’un renouveau de l’art. Ce faisant, j’exposerai mes raisons de ne pas croire au caractère irréversible du mouvement qui nous a menés où nous sommes.
En cette matière, il convient d’adopter une attitude résolument pragmatique [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>  En réponse à une question qui m’a été posée, je voudrais examiner quelle pourrait être la base économique, sociale, politique, idéologique d’un renouveau de l’art. Ce faisant, j’exposerai mes raisons de ne pas croire au caractère irréversible du mouvement qui nous a menés où nous sommes.</p>
<p>En cette matière, il convient d’adopter une attitude résolument pragmatique et  constructive. A quoi bon déplorer le triomphe du non-art et s’abandonner à la nostalgie des grandes époques de notre civilisation si de tels sentiments ne motivent pas un engagement en faveur d’un rétablissement de ce qui a été détruit? Pour agir en ce sens, il faut connaître les causes du mal et savoir sur quoi prendre appui pour y remédier. L’aspiration subjective au bien a besoin pour se traduire dans les faits d’un levier objectif. « Donne moi un point où me tenir et je déplacerai la Terre » disait Archimède.</p>
<p>La décadence de notre civilisation doit être attribuée d’abord au capitalisme. Dans mon livre <em>Pour l’Art</em>, j’ai montré les effets néfastes de la « réification » (le règne de l’argent, du quantitatif) et de l’autonomisation des superstructures qui a conduit à l’art pour l’art (sans contenu spirituel). J’aurais pu citer davantage le <em>Manifeste communiste</em> où Marx écrit que la bourgeoisie n’a « laissé subsister d’autre lien de l’homme à l’homme, que le froid intérêt, les dures exigences du ‘’paiement au comptant’’. Elle a noyé les frissons sacrés de l’extase religieuse, de l’enthousiasme chevaleresque, de la sentimentalité petite bourgeoise dans les eaux glacées du calcul égoïste ».</p>
<p>La référence à Marx est d’autant plus d’actualité qu’il a prévu la mondialisation et la concentration extrême du capital sur une base cosmopolite. Ces phénomènes ont pour conséquence l’impossibilité de développer un art et une culture enracinés. Or l’universel, disait Hegel, se donne dans le particulier. En coupant les canaux par lesquels la sève de la tradition remonte jusqu’à l’art actuel, le modernisme a fait dépérir celui-ci. L’étape ultime et finale de ce processus fut commandée par la volonté délibérée d’empêcher que la loyauté à la communauté nationale ou européenne puisse opposer le moindre obstacle à la dilution dans le marché global ;  cela sous la bannière d’un universalisme abstrait, c’est-à-dire vide. Voilà pourquoi, rien n’étant plus universel que le rien, il était nécessaire à la finance globalisée de substituer le non-art à l’art.</p>
<p>Dans un essai intitulé <em>La grande usurpation</em> qui paraîtra bientôt dans un recueil bilingue français-russe, j’étudie en détail les mécanismes qui assurent la domination totalitaire du non-art. Les richissimes méga-collectionneurs ont barre sur les médias qui vivent grâce à leurs campagnes publicitaires. Les politiciens rampent devant les médias comme on l’a vu récemment avec l’affaire Murdoch et ils dépendent, du moins en partie, des financements en provenance des magnats multinationaux. Dans ces conditions, ils ne peuvent refuser de mettre au service des coups spéculatifs de leurs généreux amis les institutions culturelles étatiques (notamment les musées). Il y a là un réseau triangulaire de complicités dont les sommets sont 1) les ultra-riches dont le non-art contemporain est un des moyens de reconnaissance réciproque lors des foires internationales  (genre <em>Dokumenta, Basel</em> etc.), 2) les médias, 3) les politiciens.</p>
<p>Jusqu’à présent, j’ai toujours admis que le capitalisme est compatible avec un niveau appréciable, quoique modeste, de créativité artistique. J’en voyais pour preuve la survie des arts qui ont besoin d’un public de masse : le roman, le cinéma, un peu moins le théâtre, l&#8217;opéra, la musique dans lesquels les subventions de l’Etat jouent un rôle. Dans ces  domaines, l’argent du contribuable permet à quelques metteurs en scène de se moquer du public en se servant abusivement des textes classiques pour se donner des airs avant-gardistes. Quant à la télévision, sa popularisation a conduit à un nivellement par le bas qui en a pratiquement chassé les expressions artistiques un peu exigeantes.</p>
<p>Tout compte fait, une véritable Renaissance présuppose que le capitalisme soit balayé. Il se trouve que c’est aussi à cette condition que la planète sera sauvée : deux excellentes raisons de souhaiter un changement aussi radical. La question qui se pose est de savoir si nous allons laisser les capitalistes détruire la biosphère jusqu’au dernier baril de pétrole et jusqu’au dernier mètre cube de gaz. Dans ce cas, la fin du capitalisme aura lieu après la catastrophe. Il se peut aussi que l’approche de celle-ci s’annonce par des signes assez spectaculaires pour provoquer un sursaut qui eut été bien plus salutaire s’il s’était déjà produit.</p>
<p>De toute façon le mode de production actuel n’en a pas pour longtemps et cela pour deux raisons. Premièrement, il est fondé, contrairement à ceux qui l’ont précédé, sur la reproduction élargie et non sur la reproduction simple. Or il faudra bien en venir à cette dernière. La fin des illusions quant au caractère illimité des ressources fait que le capitalisme est déjà en train de se heurter à un mur. Secondement, il y a une loi universelle de la baisse des rendements marginaux qui entraîne la mort des types de formations sociales (et des civilisations qui leur correspondent) en imposant le passage à des formes d&#8217;organisation moins complexes. En somme, si la révolution a lieu avant la catastrophe, l’humanité pourra connaître la Renaissance artistique, et donc d’abord religieuse, que j’appelle de mes vœux. Faute de quoi, Mamon l’emportera momentanément  et nous devrons attendre dix mille ans que la nature reconstitue ses équilibres. Si nous continuons à laisser les choses suivre leur cours alors, comme disait Heidegger avant sa mort : « Seul un Dieu pourra  nous sauver ».   </p>
<p>Actuellement, je suis moins pessimiste car l’idéologie des intellectuels, dont on dit sans doute à tort qu’ils sont des <em>leaders</em> d’opinion, est en train de s’éloigner de celle diffusée, voire imposée, jusqu&#8217;ici par les médias. Cette évolution se fait avec un temps de retard par rapport aux masses des gens ordinaires, ce qui signifie que nous n’avons pas affaire à un effet de mode mais à une vague de font. Je prie mes lecteurs d’en accepter l’augure et d’apporter chacun sa contribution à ce mouvement sur lequel je reviendrai. L’avenir de la civilisation est l’enjeu de ce combat.</p>
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		<title>Avec Oskar Freysinger (suite II)</title>
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		<pubDate>Thu, 22 Dec 2011 11:15:06 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mavrakis</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Jean Robin :  Mozart et Léonard de Vinci ont  eu des mécènes. Aujourd’hui le financement par l’Etat est gratuit, sans souci de retour sur investissement. L’Etat peut se le permettre puisque ses largesses se font avec l’argent du contribuable.
K. M. : Vous supposez qu’il n’y a aucun lien entre le monde de l’argent, auquel appartiennent les mégacollectionneurs, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong>Jean Robin</strong> : <em> Mozart et Léonard de Vinci ont  eu des mécènes. Aujourd’hui le financement par l’Etat est gratuit, sans souci de retour sur investissement. L’Etat peut se le permettre puisque ses largesses se font avec l’argent du contribuable</em>.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>K. M</strong>. : Vous supposez qu’il n’y a aucun lien entre le monde de l’argent, auquel appartiennent les mégacollectionneurs, et celui des politiciens. Or les  intérêts qui soutiennent le non-art sont les mêmes dont dépendent les hommes qui alternent au sommet de l’Etat  Celui qui se mettrait à dos de grands capitaines d’industrie comme Pinault et Arnault n’aurait aucun avenir. Qui financerait ses campagnes électorales ?</p>
<p style="text-align: justify;"> <strong>J. R.</strong> : <em> C’est nous qui les finançons depuis la loi de 1995</em>.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>K. M</strong>. : En partie seulement. Quand on apprend que tout récemment encore Liliane Béttencourt distribuait des enveloppes bien garnies …</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>J. R.</strong> : <em>C’était illégal</em>.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>K. M</strong>. : Certes, mais pas exceptionnel. Il y eut aussi l’affaire des rétrocommissions dont l’annulation fut payée par l’attentat de Karachi et les dons généreux (mais non désintéressés) des potentats africains tel Bongo. Tous les politiciens reçoivent légalement de l’argent sur les fonds publics mais ceux qui bénéficient de quelques extras en marge de la loi sont avantagés. Il y a cependant autre chose qui est plus fondamental. Les très riches ont barre sur les médias auxquels ils peuvent accorder ou refuser leurs campagnes publicitaires. A leur tour, les médias tiennent à leur botte les hommes politiques. En Angleterre, ces derniers rampaient devant Rupert Murdoch et fermaient les yeux sur ses méfaits parce que leur réélection dépendait de lui. Les responsables de la police, à qui on avait graissé la patte, s’abstenaient d’enquêter sur les délits commis par cette presse de caniveau. Un vaste réseau de complicités enserre la vie publique en France comme ailleurs. On pourrait se dire : quel mal à cela ? Après tout, depuis que le monde existe, c’est le petit nombre qui gouverne. Même l’illégalité, la corruption, le favoritisme ne sont pas une raison de se gendarmer car, à petite dose, ces abus mettent de l’huile dans les rouages comme le remarque Mère Courage dans la pièce éponyme de Brecht.</p>
<p style="text-align: justify;">Si cette façon de voir un peu cynique se justifie alors on comprend que les conflits d’intérêts apparaissent comme des peccadilles qui n’offusquent personne. On connaît le cas de cet ancien ministre nommé par Sarkozy à la tête de l’établissement public du château de Versailles qui en profita pour offrir un somptueux cadeau à son ancien employeur, Pinault, en exposant dans la galerie des glaces et les appartements royaux le non-art de  Koons. Ses objets kitsch  ont vu  leur cote grimper encore plus à la suite de ce coup de pub gratuit. Apprenez, si vous ne le savez déjà, que Pinault est une des principaux collectionneurs de Koons. Un renvoi d’ascenseur était sans doute escompté. Ce fut la nomination à la tête de la fondation Pinault à Venise (<em>Palazzo Grassi</em> et <em>Dogana</em>) de l’«ami » de Jacques ’Aillagon, Martin Béthenot ( On trouvera dans mon blog plus d’informations sur cette affaire Koons-Murakami).</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>O. F.</strong> : <em> A l’époque de Mozart qu’était le retour sur investissement ?</em> </p>
<p style="text-align: justify;"><strong>J. R.</strong> : <em> Le prestige</em>.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>O. F</strong>. : <em>Ce n’était pas un avantage financier. Il y avait des contraintes par rapport à l’œuvre qui conservait sa vertu éducative. Aujourd’hui l’art doit se vendre à la plus grande masse possible</em>.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>K. M</strong>. : Il faut distinguer entre les disciplines artistiques. Certaines, qui nécessitent un public de masse, sont restées vivantes vaille que vaille. C’est le cas du cinéma, qui doit faire des entrées, ou du roman, qui doit vendre des exemplaires en nombre suffisant. Du coup, l’artiste ne peut mépriser son public pour faire le malin. Il doit l’émouvoir et lui plaire ce qui, selon Molière, est « la règle de toutes les règles ». Il n’en va pas de même pour les arts dits « plastiques » ou pour l’architecture, dont aucune œuvre ne se donne comme vraiment multiple même s’il peut y en avoir plusieurs versions. Les modalités de production, de diffusion et de consécration sont très différentes dans les arts en question qui n’ont pas besoin d’un public payant de masse et peuvent se contenter d’un public de snobs et de rares et richissimes acheteurs. Voilà pourquoi l’avant-gardisme et le non-art n’ont pas sévi partout, et que certains arts subsistent (quoiqu’à un niveau dégradé) en ayant conservé leurs critères d’excellence, alors que les autres sont quasiment morts. Non qu’il n’y ait pas toujours des peintres et des sculpteurs authentiques, simplement les médias les ignorent délibérément. Tout se passe comme s’ils n’existaient pas. Les intérêts qui sponsorisent le non-art directement ou par l’intermédiaire des institutions de l’Etat, ont les moyens de bannir radicalement l’art en commençant par l’interdiction d’en parler dans les médias</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>J. R.</strong> : <em>Est-ce que vous pensez que la perte de sens est liée à la déchristianisation ?</em></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>K. M</strong>. : Il n’y a jamais eu de civilisation sans religion. Donc si celle-ci recule ou dépérit, ce n’est pas bon pour l’art.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>J. R. </strong>:<em> L’imagination ne pourrait-elle suffire ? </em></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>O. F.</strong> : L’imagination est aussi diverse et variée que les individus. Elle ne saurait fédérer une communauté.                 </p>
<p style="text-align: justify;"><strong>J. R.</strong> : <em>Quelle solution appelez-vous de vos vœux ?</em></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>K. M</strong>. : Une solution doit être réaliste, faute de quoi ce n’est pas une solution. Elle doit donc partir des faits objectifs. J’en vois deux en considérant les choses du point qui m’importe le plus. 1° le capitalisme, forme particulière de l’oligarchie de toujours, a détruit au vingtième siècle l’art et la civilisation ; 2° il s’acharne maintenant à détruire la planète. Il fait cela non pas en obéissant à de mauvaises intentions mais parce que dès le début telle était sa nature ou, si l’on veut, sa logique à savoir de fonctionner selon un cycle de « reproduction élargie » (Marx), contrairement aux sociétés antérieures dont l’économie suivait un cycle de reproduction simple. Il s’en suit que le capitalisme tend vers l’infini ce qui est incompatible avec le caractère limité de notre terre donc avec les conditions d’existence matérielle de l’humanité. On ne peut donner le coup d’arrêt indispensable à ce processus désastreux qu’en s’attaquant à sa cause, le capitalisme, qui est aussi celle du déclin de l’art et de la civilisation.     </p>
<p style="text-align: justify;">En disant cela je suis sûr de soulever des protestations. Ne suis-je pas un Don Quichotte chez qui le ridicule le disputerait à l’odieux ? Pourtant je continue à me tenir sur le terrain du réalisme le plus rigoureux. « Les civilisations sont mortelles », disait Paul Valery mais le capitalisme qui a tué la nôtre ne l’est pas moins. L’époque de l’énergie bon marché n’est plus. L’époque où les métaux et autres matières premières étaient abondants et faciles à extraire aussi.  La globalisation aura pour conséquence que la loi des rendements décroissants frappera tous les pays. Après le Japon, après l’Europe, c’est déjà le tour des Etats Unis. L’Inde et la Chine suivront. Notre avenir ne sera pas celui d’une évolution lente et graduelle. L’histoire de la terre et l’histoire de l’humanité nous apprennent que les changements ont lieu brusquement quand un seuil ou un point de basculement est atteint. Agir maintenant, quitte à ce que ce soit au détriment des intérêts immédiats du capital, est impossible. Cela coûterait trop cher, nous dit-on.  Ne rien faire  comme semblent l’avoir décidé tous les chefs d’Etat est possible mais coûtera (et coûte déjà) mille fois plus. Conclusion, le réalisme aujourd’hui  consiste à exiger l’impossible. Puisque déjà sont apparus sur le mur les signes (<em>Mané, Thékel, Pharès)</em> annonciateurs de la fin de notre système économique et social et que cette fin est indépendante de notre volonté ou de nos incantations (les Don Quichotte sont ceux qui pensent le contraire), il faudrait peut-être réfléchir à ce qui pourrait remplacer ce type de société. Je suis certain que ce monde différent, favorable à la vie, le serait aussi à l’art et à la civilisation …</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>J.  R</strong>. : <em>… et à la qualité</em>.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>K. M</strong>. : Il faudra consommer moins et autrement, en mettant l’accent sur la qualité plutôt que sur la quantité. On ne peut tolérer que les fabricants s’entendent entre eux pour produire des appareils dont l’obsolescence est programmée.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>O. F.</strong> : <em>Il y aura une crise économique mondiale. Le système va s’effondrer. Malheureusement l’être humain n’est pas capable de renoncer à quoi que ce soit avant d’y être contraint par la réalité</em>.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>J. R. </strong>: <em>C’est la technique</em></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>O. F.</strong> : <em>L’être humain ne s’arrête jamais à midi moins cinq. Il va jusqu’à midi cinq. Il faut que la catastrophe arrive comme lors de la deuxième guerre mondiale. Peut-être que cette crise sera pour lui  une chance de parvenir à une autre logique imposée par le mécanisme même qui a engendré la crise.</em></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>K. M.</strong> Vous avez, Jean Robin, prononcé le mot « technique » et vous, Oskar Freisinger, le mot « mécanisme ». Cela me fait penser que les hommes, loin de commander à la technique, en sont de simples fonctionnaires. De la vient la difficulté pour les décideurs de décider et de maîtriser quoi que ce soit. Parmi les intellectuels de gauche, on suce et resuce le mot fétiche « émancipation ». Pour l’homme d’aujourd’hui, l’émancipation suprême serait celle qui le détacherait du joug de la technique dont il attend tout alors qu’elle lui réserve le pire. Cela pourrait être le thème  d’une autre discussion. </p>
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		<title>Avec Oskar Freysinger (suite)</title>
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		<pubDate>Sat, 17 Dec 2011 22:48:15 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mavrakis</dc:creator>
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		<description><![CDATA[ &#171;&#160;Serf ce peuple bâtissait des cathédrales, émancipé il ne construit que des horreurs&#160;&#187;
Cioran
Je remercie Jean Robin pour cette citation.
 
Freysinger défend la conception romantico-anarchiste selon laquelle l’art est antinomique au pouvoir sauf l’art baroque qui serait à l’origine de tous les maux. Si je m’étais permis de l’interrompre j’aurais pris la défense du baroque et notamment [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p> <em>&laquo;&nbsp;Serf ce peuple bâtissait des cathédrales, émancipé il ne construit que des horreurs&nbsp;&raquo;</em></p>
<p style="text-align: right;"><strong><em>Ci</em>oran</strong></p>
<p style="text-align: right;"><em>Je remercie Jean Robin pour cette citation.</em></p>
<p> </p>
<p>Freysinger défend la conception romantico-anarchiste selon laquelle l’art est antinomique au pouvoir sauf l’art baroque qui serait à l’origine de tous les maux. Si je m’étais permis de l’interrompre j’aurais pris la défense du baroque et notamment du Caravage, du Bernin, de Borromini et, en ce qui concerne sa thèse générale, j’aurais attiré son attention sur la multitude de contre-exemples prouvant que l’art est généralement au service des puissants même si l&#8217;on peut y reconnaître parfois une secrète connivence avec les courants souterrains, expression latente des aspirations populaires.</p>
<p>Freysinger : Certaines œuvres d’art ont une vocation universelle.</p>
<p>K. M. C’est vrai car le pouvoir de toucher universellement est une caractéristique des grandes œuvres d’art. Elles ont ce pouvoir dans la mesure où elles expriment avec une intensité maximale les particularités individuelles, ethniques, civilisationnelles. En parlant de lui-même, le grand artiste parle de tous et s’adresse à tous car il partage avec ses congénères une même nature humaine. C’est ce qui explique que l’on puisse goûter les œuvres produites par des hommes appartenant à des cultures très éloignées de la nôtre. Encore faut-il qu’il s’agisse d’œuvres d’art susceptibles d’êtres distinguées comme telles. Nous avons donc une universalité chargée de sens à l’opposé de celle que revendiquent les objets appartenant au non-art contemporain, indiscernables d’un objet quelconque.</p>
<p>Jean Robin : Quelle solution ? Un retour en arrière ? Une prise en compte de ce qui s’est passé pour construire quelque chose de nouveau ?</p>
<p>K. M. Ce qui est en cause, c’est la vision qu’on a de l’histoire. Selon moi, celle-ci n’obéit pas à une tendance à se mouvoir vers je ne sais quel « avant ». Elle ne réalise pas inéluctablement le « progrès » comme le pensaient Kant, Hegel, Marx et, plus près de nous, Kojève-Fukuyama. Dans le devenir historique, il n’y a aucune fatalité. Quand l’URSS, créée par Lénine et Staline, s’est effondrée, nous n’avons eu ni un « retour en arrière » ni un progrès mais un vague mélange des deux, incompatible avec la conception progressiste et irréversible de l’histoire.   </p>
<p>Il s’agit donc de savoir non pas comment nous adapter à ce qui arrivera nécessairement (le fameux « sens de l’histoire ») mais comment trouver les voies et les moyens de changer le monde dans un sens souhaitable qui, selon moi, doit aller vers la civilisation et non vers la barbarie. Dans cette recherche, nous n’avons aucune garantie de succès. Même le matérialiste et déterministe Lénine savait que nous étions au début du XX<sup>e </sup>siècle à la croisée des chemins. Il disait contre Rosa Luxembourg que l’humanité était placée devant le choix : « Socialisme ou Barbarie ». Nous savons que c’est le deuxième terme de l’alternative qui l’a emporté. Ne parlons pas du <em>goulag</em>, des camps d’extermination allemands, des deux guerres mondiales. Considérons seulement ce dont nous discutons, l’art. Dans ce domaine, l’Occident, encore dominant, exporte depuis un siècle sa barbarie alors qu’au XIX<sup>e</sup> siècle il exportait sa civilisation comme l’atteste le palais du roi de Thaïlande. Aujourd’hui les tours, les barres et les blocs informes ou extravagants (penchés et tout de travers) se voient partout au mépris du climat et des traditions locales. Il s’agit avant tout de faire « moderne » sans craindre ni l’horreur ni le ridicule.</p>
<p>Bref la question qui se pose est : comment faire pour que la création artistique et le Beau  aient à nouveau droit de cité au lieu d’être <em>de facto</em> interdits ?</p>
<p>Jean Robin : …et soient financés …</p>
<p>K. M. Il faut qu’il le soient. Il y a toujours quelqu’un qui finance. Chez les Grecs, c’était la cité ce qui parfois soulevait des vagues. Il y eut ainsi des Athéniens qui trouvaient que le programme de Périclès coûtait trop cher. Alors ce grand homme répondit : si vous ne voulez pas payer, je le ferai moi-même de mes propres deniers mais sur le Parthénon et sous la statue chriséléphantine  sera gravée l’inscription « <em>Ex Voto</em> de Périclès ». Les protestations furent alors unanimes et on n’en parla plus.</p>
<p>Jean Robin : c’est le grand capital qui paye pour la conservation du patrimoine alors que l’Etat ne finance que « l’art contemporain ».</p>
<p>K. M. Il est vrai que l’Etat ou les responsables politiques locaux (tel Estrosi à Nice) défigurent nos villes au nom du soutien à « l’art contemporain » en érigeant sur les places publiques des tas de ferraille. Mais globalement ce sont les méga-collectionneurs privés (comme Pinault ou Arnault) qui achètent l’art contemporain et en imposent la promotion. L’Etat n’a pas les moyens d’acheter les « œuvres » les plus cotées. Ce dont il fait l’acquisition (à New York plutôt qu’à Paris) c’est du second choix. Il n’empêche que les prix déboursés avec l’argent du contribuable sont tellement exorbitants qu’on les tient secrets.</p>
<p>Freysinger : On est passé du mécénat désintéressé au <em>sponsoring</em> pour lequel il y a un « retour sur investissement ».</p>
<p>A suivre</p>
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		<title>Avec Oskar Freysinger (réflexions sur l&#8217;art et la civilisation)</title>
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		<pubDate>Sun, 11 Dec 2011 20:55:08 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mavrakis</dc:creator>
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		<description><![CDATA[A l’invitation de Jean Robin qui dirige les éditions Tatamis et anime l’excellent site Enquête et débat, j’eus le 3 décembre 2011 une discussion philosophique passionnante sur des questions relatives à l’art, la société, l’histoire avec le dirigeant politique suisse bien connu Oskar Freysinger dont je venais de lire le petit livre débordant d&#8217;humour et [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>A l’invitation de Jean Robin qui dirige les éditions <em>Tatamis</em> et anime l’excellent site <strong><em>Enquête et débat</em></strong>, j’eus le 3 décembre 2011 une discussion philosophique passionnante sur des questions relatives à l’art, la société, l’histoire avec le dirigeant politique suisse bien connu Oskar Freysinger dont je venais de lire le petit livre débordant d&#8217;humour et d&#8217;esprit en réponse à Stéphane Hessel <em>(Antifa</em> aus éditions Tatamis)<em>.</em> En me rendant au rendez-vous, je pensais rencontrer pour une conversation  amicale l’homme que j’admirais pour avoir mis en rage l’oligarchie européenne et notamment Cohn Bendit, en donnant l’occasion au peuple suisse de mettre un terme par une « votation » à la multiplication des minarets. Je ne savais pas que l’entretien serait filmé et enregistré ni quels seraient les sujets abordés. Sur ce dernier point d’ailleurs, mes interlocuteurs n’en savaient pas plus que moi. Nous avons même eu de la peine à cadrer le débat. Comme nous étions d’accord sur presque tout nous craignions qu&#8217;il se réduise à une causerie de bonne compagnie. Il s’avéra qu’il pouvait néanmoins être fort vif. Cependant improviser sur des problèmes aussi délicats et complexes est une entreprise semée d&#8217;embûches. Il m’a donc semblé utile de clarifier mes positions dans une version rédigée des propos que j’ai tenus. Pour avoir accès à la séance filmée cliquer sur google puis sur enquête &amp; débat.</p>
<p>Ma prise de parti dans les conflits qui opposent les hommes aujourd’hui s’explique par mon engagement en faveur de la civilisation et de l’art. Les deux sont étroitement liés car l’art de  chaque civilisation en définit l’essence. Ce que les archéologues nomment la « civilisation matérielle » (les objets, les outils, les techniques, éventuellement la science), est dissociable du monde qui l’a produite. L’Europe a emprunté à la Chine la boussole, le papier,  l’imprimerie, sans pour autant s’enchinoiser. Alors que si elle en avait adopté l’architecture, la peinture, la musique, elle serait devenue un appendice périphérique de l’Empire du Milieu comme l’étaient autrefois le Vietnam et la Corée. L’Europe ne l’a pas fait parce qu’elle avait sa propre civilisation qui ne le cédait à aucune autre. Aujourd’hui les civilisations sont toutes bien mal en point à cause de l’affaiblissement de leurs fondements spirituels. Leur épanouissement suppose une religion, une hiérarchie de valeurs, une tradition. Tout cela étant battu en brèche, elles ne peuvent que dépérir. La cause est à rechercher dans l’ordre économique et social qui conserve notre patrimoine mais démolit notre héritage. Cette structure qui n’impose pas une fatalité conditionne cependant une tendance, un penchant des individus à se diriger dans un certain sens. On le voit bien dans le domaine de l’écologie. Des sociétés brillantes ont disparu parce qu’elles n’ont pu se résoudre à préserver leur environnement. Cette fois-ci la catastrophe affectera le globe entier. Les décideurs le savent mais  ne veulent pas le savoir. Le souci du court terme empêche de faire ce qu’il faut pour éviter l’issue qui s’annonce et plus on tarde, plus les mesures salutaires deviennent onéreuses et moins on est disposé à payer ce prix. La super-classe mondiale (que regroupe en France « Le Siècle » et  dont les représentants à l’échelle globale se réunissent à Bilderberg) est incitée par la poursuite de ses intérêts immédiats à détruire 1°à long terme la nature dont la garde nous a été confiée, 2° à court terme, toutes les identités culturelles. Celles-ci sont en effet perçues par les intérêts dont je parle comme susceptibles (à travers le patriotisme) de faire obstacle à la circulation sans règles ni entraves des capitaux (délocalisables et transférables), des hommes (s’installant où ils veulent sans demander la permission), des marchandises (qui font disparaître par le <em>dumping</em>  les productions du pays). Ce qu’ils veulent, c’est une mode identique en tout lieu, un nomadisme et un mélange universel. Leur mot d’ordre est « des jeans et des macdo partout ». Encore une raison pour les représentants du très grand capital financier de promouvoir ce que j’appelle le non-art et eux l’art contemporain. Celui-ci présente pour ces messieurs plusieurs avantages. N’ayant aucun contenu, il dispense d’un bagage culturel pour s’y repérer, ne créant pas de formes, il n’exige pas un goût éduqué pour être apprécié. N’étant pas tributaire d’une civilisation particulière, il semble n’exclure personne. Bref, tous peuvent s’y reconnaître et s’en servir comme signe de reconnaissance (entre riches). L’universalisme du marché mondial appelle un art universel <em>a priori</em> (indépendamment de ses qualités). Rien n’étant plus universel que le rien, cet art prétendu reflète le néant de signification logé au cœur de notre monde. Il est la marchandise absolue qui, dépourvue de valeur d’usage (elle ne procure aucun plaisir esthétique) et réduite à sa valeur d’échange, ne vaut que par son prix. Le non-art est un des moyens dont se sert le capitalisme mondial financiarisé pour imposer son idéologie : le relativisme nihiliste. Ce relativisme se manifeste par l’absence de critères. Comme disait Beuys, tout homme est un artiste et donc tout est, ou pourrait être, de l’art. Récemment c’était des hardes que faisait tomber une grue dans le Grand Palais. Cela donnait un amoncellement de chiffons mais pourrait être n’importe quoi d’autre, par exemple un tas de charbon comme celui que propose à notre admiration le musée d’art contemporain de Bordeaux.</p>
<p>A ce point Freysinger évoque Duchamp. Je lui réponds que cette figure emblématique du dadaïsme était un ennemi déclaré de l’art, c’est pourquoi il a protesté contre la récupération dont il avait fait l’objet. Il écrivit à un ami : « Je leur ai lancé à la tête l’urinoir comme une provocation anartistique et voilà qu’ils en louent la beauté ».</p>
<p>(A suivre)</p>
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		<title>Béthenot apologiste du non-art</title>
		<link>http://www.kostasmavrakis.fr/2010/11/16/bethenot-apologiste-du-non-art/</link>
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		<pubDate>Tue, 16 Nov 2010 15:53:54 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mavrakis</dc:creator>
				<category><![CDATA[Non classé]]></category>
		<category><![CDATA[Anish Kapoor]]></category>
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		<description><![CDATA[Sur le plan intellectuel, Martin Béthenot n’est pas très brillant, mais il possède sûrement d’autres qualités auxquelles Jacques Aillagon n’a pas été insensible. Béthenot lui doit principalement sa carrière. L’ambition y trouva son compte ; l’éthique et la déontologie beaucoup moins. On ne peut servir deux maîtres : le peuple français et les puissances de l’argent. Il [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Sur le plan intellectuel, Martin Béthenot n’est pas très brillant, mais il possède sûrement d’autres qualités auxquelles Jacques Aillagon n’a pas été insensible. Béthenot lui doit principalement sa carrière. L’ambition y trouva son compte ; l’éthique et la déontologie beaucoup moins. On ne peut servir deux maîtres : le peuple français et les puissances de l’argent. Il faut choisir. A l’école d’Aillagon, Béthenot apprit au contraire à tirer partie de l’harmonie préétablie qui règne dans notre système entre fonction publique et fonction privée. C’est ainsi qu’après avoir été délégué aux arts plastiques (2002 – 2004), puis directeur général de la FIAC (2005 – 2010) il devint directeur de la Dogana et du Palazzo Grassi ; autrement dit domestique grassement payé à la maison Pinault.</p>
<p style="text-align: justify;">Lors de la controverse sur l’exposition de Murakami (favori de son patron), Béthenot fut invité par <em>Le Figaro</em> à représenter l’opinion <em>pour</em> le prétendu artiste japonais. N’ayant pas beaucoup d’arguments à faire valoir en sa faveur, notre homme se tira d’embarras en justifiant l’art contemporain en général et reconnut au prétendu artiste japonaisi seulement de l’humour. Que Béthenot ne soit  pas dépourvu lui-même de cette qualité, ne pouvait être appréciée par ses lecteurs dont la plupart ne connaissent pas (et pour cause) les « artistes » dont il donnait une longue liste. Il  assortissait chaque nom d’éloges qui provoqueraient la gaieté générale si l’on savait à quoi ils s’appliquaient. Par exemple, Béthenot s’extasiait sur « la beauté plastique du travail d’Anish Kapoor ». En fait de « travail » il s’agit de poussières de pigments en tas ou de débris colorés.       </p>
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		<title>Le plaidoyer pro domo suo de Takashi Murakami</title>
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		<pubDate>Sat, 16 Oct 2010 09:49:26 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mavrakis</dc:creator>
				<category><![CDATA[Art / Non-art]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
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		<description><![CDATA[J’ai dit ma jubilation à la lecture de Jimenez car je n’ai pas tous les jours un sparring partner (devrai-je dire un punching ball ?) aussi commode à me mettre sous la dent. Si les défenseurs de « l’art contemporain » sont tombés à ce niveau, tous les espoirs sont permis. Un moment viendra où [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">J’ai dit ma jubilation à la lecture de Jimenez car je n’ai pas tous les jours un sparring partner (devrai-je dire un punching ball ?) aussi commode à me mettre sous la dent. Si les défenseurs de « l’art contemporain » sont tombés à ce niveau, tous les espoirs sont permis. Un moment viendra où plus personne ne prendra au sérieux des arguments aussi débiles, même pas ceux qui se servent encore de cette langue de bois dans les médias. La forteresse du non-art n’est pas plus solide que l’enceinte de Jéricho ou le mur de Berlin.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais si l’article de Jiménez a été pour moi source de grandes satisfactions, que dire de la tentative pathétique de Murakami lui-même pour plaider sa propre cause ! [1] Le premier use de procédés dignes de Goebbels pour discréditer ceux qui osent penser contre la doxa contemporaine. Il les accuse d’être, ne serait-ce qu’en apparence, pour « la tradition » contre « le progrès » (sic !), puis les avertit qu’ils sont à jamais exclus des médias et notamment des pages du Monde vu qu’ils refusent de célébrer le « métissage généralisé ». Il les traite enfin de xénophobes et de racistes, stigmatisation suprême destinée à leur fermer définitivement la bouche. Ainsi, sous la plume de Jimenez, le ridicule le dispute à l’odieux. Chez le Japonais, il ne reste que le ridicule. On le voit venir de loin avec ses gros sabots. L’art contemporain, dont il se considère avec raison comme un éminent représentant, serait « difficile à décrypter pour le visiteur qui n’a pas les connaissances et repères nécessaires ». Il faut croire que les aigrefins d’Andersen ont eu des disciples à Tokyo. Murakami a bien appris à faire la leçon à quiconque se montre réticent devant ses œuvres : « Ne vous inquiétez pas cher ami. Ca se soigne. Pour le moment, vous êtes décidément trop bête et ignorant mais en fréquentant des personnes raffinées comme MM. Pinault, Arnault, Aillagon, Jimenez (surtout pas Harry Bellet), vous comprendrez qu’une attitude réceptive vis-à-vis de l’art contemporain permet de distinguer les gens intelligents des autres. Les premiers sont compétents partout. Ils sont les arbitri elegantiarum modernes et peuvent en tant que ministres couper les vivres aux intermittents du spectacle et réduire drastiquement le budget de la culture. Comme hommes d’affaires, ils sont aptes à gérer un empire financier, mais aussi à décider ce qui est de l’art et ce qui ne l’est pas. Les intellectuels enfin qui gravitent autour de ces puissants personnages obéissent au doigt et à l’œil à toute sollicitation, ce qui leur permet, le cas échéant, de diriger une revue d’esthétique tout en affirmant que le beau et le laid sont indiscernables. Surtout, gardez-vous d’exprimer publiquement votre désapprobation à l’égard de ma présence à Versailles. Je me suis laissé dire par mon ami Aillagon que cette hostilité serait le symptôme d’une maladie considérée chez vous comme pernicieuse et contagieuse : « l’idéologie nationaliste ». Si vous semblez en être infecté, vous seriez mis en quarantaine. Les arguments d’Aillagon doivent être forts car ils ont persuadé Jimenez qui dit exactement la même chose ».</p>
<p style="text-align: justify;">Murakami est roublard. Il joint sa voix à une campagne de diabolisation de ceux qui trouvent mauvais que le non-art supplante l’art et, comme on le lui a soufflé, leur reproche leur nationalisme (imaginaire) mais par prétérition. «N’étant pas Français, je ne me prononcerai pas sur les mérites de cette idéologie », dit-il. Il faudrait donc pour cela être Français. Murakami le pense car il sait bien que dans son pays le nationalisme est une vertu comme on s’en aperçoit chaque fois qu’il y a une tension avec la Chine. Mensonge dans l’Hexagone, vérité à l’autre bout de la terre mondialisée.</p>
<p style="text-align: justify;">La dernière ficelle dont se sert la rhétorique de Murakami se rattache à la première. « Mon public, dit-il, n’est pas ici et maintenant, mais dans les années qui suivront ma mort ». Il s’apercevra, j’en suis sûr, que j’ai capté « quelque chose de l’essence du XXe siècle ». On a reconnu l’argument romantique : le grand artiste est toujours en avance sur son temps, ce qui fait de lui un incompris. Ne vous pressez pourtant pas de verser une larme sur le sort de ce « poète maudit ». MM. Pinault et Arnault et d’autres spéculateurs prennent bien soin de lui. Les Japonais, eux, le tiennent pour un clown (Harry Bellet<em> dixit</em>).</p>
<p style="text-align: justify;">[1] <em>Cf. Le Monde </em>du 2 octobre 2010.</p>
<p>Le Mardi 19 octobre à 20h30 je prononcerai une conférence à la Maison de la Culture de Nogent-sur-Marne sur le thème : &laquo;&nbsp;Avons-nous encore besoin d&#8217;art?&nbsp;&raquo;</p>
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		<title>Les impostures de Jimenez</title>
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		<pubDate>Sun, 10 Oct 2010 19:12:45 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mavrakis</dc:creator>
				<category><![CDATA[Non classé]]></category>
		<category><![CDATA[avant-garde]]></category>
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		<category><![CDATA[modernité]]></category>
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		<description><![CDATA[Marc Jimenez, ai-je remarqué dans ma note du 3 octobre, continue à se réclamer des avant-gardes d’il y a un siècle. Il reste attaché aux espérances utopiques d’une modernité si peu moderne qu’elle en est toute poussiéreuse. En fouillant dans les cendres, il exhume ici un crâne, là un fémur d’antiques bouffons qui ont cessé [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Marc Jimenez, ai-je remarqué dans ma note du 3 octobre, continue à se réclamer des avant-gardes d’il y a un siècle. Il reste attaché aux espérances utopiques d’une modernité si peu moderne qu’elle en est toute poussiéreuse. En fouillant dans les cendres, il exhume ici un crâne, là un fémur d’antiques bouffons qui ont cessé depuis longtemps de nous amuser. Poor Yorick, poor Duchamp !&#8230; Il tient, cependant, à ne pas être pris pour un attardé ou un nostalgique, d’où ses efforts pour paraître compréhensif vis-à-vis de l’art contemporain. La nullité de ce dernier devrait être mise sur le compte du souci de transgression et de provocation qui serait, selon un vieux stéréotype, le propre de l’art en général. Moyennant quoi, les innombrables productions scatologiques ou pornographiques par lesquelles nos « artistes contemporains » cherchent désespérément à nous choquer (sans y parvenir) seraient des preuves de génie. Jean Clair nous apprend qu’une exposition à New York, il y a une dizaine d’années, s’était intitulée « Abject art : Repulsion and Desire ». Jimenez est au courant. Il cite lui-même &laquo;&nbsp;Modern Toilet Restaurant&nbsp;&raquo; sans se rendre compte qu’il n’y a là qu’affectation et pose. Les transgressions d’autrefois se sont figées en conventions du nouvel académisme anartistique, en procédés parfaitement prévisibles. Quiconque veut bien réfléchir une seconde le sait mais beaucoup préfèrent ne pas le savoir car ils n’y ont pas intérêt. Jimenez fait partie de ces derniers. Sa posture est typique. Pour préserver l’apparence de la bonne foi, il fait semblant de traiter le non-art comme si c’était de l’art en le soumettant au discernement du jugement esthétique. Il écartera Cloaca de Wim Devoye comme « insolite », certes, mais « de mauvais goût » et accueillera un tableau de Rebeyrolle parce qu’il rend «présente l’angoisse du siècle ». Quant aux sculptures de Kittiwatsu Unarom, elles sont « peu ragoûtantes »; on n’en saura pas plus. L’essentiel pour Jimenez est de faire croire qu’on est toujours dans le jugement de goût dont seraient incapables ceux qui protestent contre la volonté d’imposer le non-art au public. A moins que l’intolérance de ces « râleurs et ronchonneurs patentés » ne soit une nième mise en scène de la « Querelle des Anciens et des Modernes ».</p>
<p style="text-align: justify;">Jimenez ferait mieux de retourner sur les bancs de l’école pour y écouter un cours sur cette fameuse « querelle ». Il apprendrait à cette occasion que les grands modernes : Boileau, Racine, Molière, La Bruyère, étaient partisans des « anciens » alors que les champions des modernes se recrutaient parmi des auteurs de seconde catégorie qui, faute de savoir le grec et le latin, ne pouvaient comparer les auteurs. Ne donnaient-iIs pas Mlle de Scudéry comme exemple de génie contemporain pouvant rivaliser avec les anciens ? Un autre moderne, plus tardif, le duc de Chesterfield, écrivait à son fils qu’il devait tenir pour un axiome que la Henriade de Voltaire était supérieure à l’Enéide et celle-ci à l’Iliade ! Est-il nécessaire de préciser que les « ronchonneurs » dont se plaint Jimenez ne sont pas assez stupides pour juger Murakami inférieur à Michel-Ange ou même à Le Brun? Dans la Querelle des anciens et des modernes, les participants comparaient ce qui est comparable ce qui n&#8217;est pas le cas quand on oppose au grand art un quasi-non-art. Jimenez le sait parfaitement, c’est pourquoi il ne s’attend pas à ce que nous autres « esprits chagrins » admirions Murakami, il nous exhorte seulement de lui accorder « un petit sourire » !</p>
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