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	<title>Kostas Mavrakis</title>
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	<description>Chronique (et critique) de l&#039;art et du non-art</description>
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		<title>Le moderne vieillit mal</title>
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		<pubDate>Fri, 05 Mar 2010 09:37:09 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mavrakis</dc:creator>
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		<category><![CDATA[architecture]]></category>
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		<description><![CDATA[Le 21 avril Brasilia, inscrite au « Patrimoine mondial de l’UNESCO », fêtera son 50e anniversaire, mais ses bâtiments « futuristes » n’ont pas beaucoup d’avenir étant donné leur décrépitude avancée. Ils ne laisseront même pas de belles ruines. Cette invention urbaine sortie du cerveau enfiévré d’un ingénieur fou comme le créateur de Métropolis, obéit [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Le 21 avril Brasilia, inscrite au « Patrimoine mondial de l’UNESCO », fêtera son 50e anniversaire, mais ses bâtiments « futuristes » n’ont pas beaucoup d’avenir étant donné leur décrépitude avancée. Ils ne laisseront même pas de belles ruines. Cette invention urbaine sortie du cerveau enfiévré d’un ingénieur fou comme le créateur de Métropolis, obéit à l’esthétique avant-gardiste qui a inspiré à Badiou une analyse enthousiaste dans son livre Logique des mondes. Elle prouve à chaque jour qui passe combien elle est indigne de sa renommée. La solidité n’est-elle pas la première qualité d’un édifice et celui-ci, en tant qu’œuvre d’art, n’est-il pas censé affronter victorieusement les outrages du temps ? Le président Lula s’est plaint de travailler dans un palais qui est « une vraie favéla ». Est-ce ainsi que cette architecture fonctionaliste remplit sa fonction ? Le « Panthéon de la patrie », un des monuments les plus récents puisqu’il date de 1986, perd déjà son revêtement de marbre blanc. Les vitraux de la cathédrale, pourtant rénovée il y a dix ans, doivent maintenant être remplacés. Certaines zones sont interdites au public parce que dangereuses. Enfin toute cette capitale offre un aspect triste et fatigué à cause du vieillissement accéléré des matériaux modernes utilisés pour construire cet emblème du jeune Brésil. Cela ne doit par relever le moral des ses habitants qui avaient, même quand leur ville était neuve, le taux de suicide le plus élevé du monde.</p>
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		<title>Badiou et la folie du nouveau</title>
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		<pubDate>Sun, 21 Feb 2010 10:41:43 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mavrakis</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Dans Du Sublime, l’auteur anonyme qui vivait au Ier siècle de notre ère, début de la décadence du monde antique, écrivait ceci : « Tous ces défauts si malséants proviennent d’une cause unique : la recherche du nouveau, cette folie des hommes d’aujourd’hui ». De cette folie qui frappe encore une fois deux mille ans [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Dans <em>Du Sublime</em>, l’auteur anonyme qui vivait au Ier siècle de notre ère, début de la décadence du monde antique, écrivait ceci : « Tous ces défauts si malséants proviennent d’une cause unique : la recherche du nouveau, cette folie des hommes d’aujourd’hui ». De cette folie qui frappe encore une fois deux mille ans plus tard, Alain Badiou s’est fait l’apologiste et le théoricien. En art, le nouveau apparaîtrait quand « ce qui n’avait nulle valeur formelle [est] transfiguré par un déplacement imprévisible de la frontière entre ce qu’on reconnaît comme forme […] et ce qui gît dans l’informe » (<em>Second manifeste pour la philosophie</em> pp 97-98). Rien de tel n’est observable au cours de l’histoire multimillénaire de l’art, seulement des changements de goût ou des progrès dans la mimesis. Le passage de Cimabue à Giotto est-il un déplacement de la frontière entre la forme et l’informe ? Ou encore la mutation que représente le style pictural (malerisch) par rapport au style linéaire (zeichnerisch) pour employer les concepts de Wölfflin ? En revanche, la description de Badiou s’applique parfaitement à l’apparition au début du XXe siècle du « modernisme » et au triomphe vers 1960 du non-art pur et simple qui en est le légitime héritier. Mais justement ce ne sont pas des vérités. Si c’était le cas, elles permettraient d’éclairer toute l’histoire de l’art au lieu de la tenir pour nulle et non avenue du fait qu’elle ignore ce type de changement désastreux. L’erreur de Badiou vient de son identification du vrai (du valable) au nouveau et inversement, que j’ai réfuté dans ma précédente note.</p>
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		<title>Dialectique du nouveau et de l&#8217;ancien</title>
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		<pubDate>Tue, 16 Feb 2010 15:31:47 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mavrakis</dc:creator>
				<category><![CDATA[esthétique]]></category>
		<category><![CDATA[innovation]]></category>

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		<description><![CDATA[L’innovation est une catégorie de l’histoire de l’art non de l’esthétique. Elle décide de la place dans une séquence temporelle non sur une échelle de valeurs. Même quand elle est authentique (contrairement à celles qu’on nous offre aujourd’hui) l’effet de surprise qu’elle produit s’use rapidement. « Les paradoxes d’aujourd’hui sont les préjugés de demain » [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>L’innovation est une catégorie de l’histoire de l’art non de l’esthétique. Elle décide de la place dans une séquence temporelle non sur une échelle de valeurs. Même quand elle est authentique (contrairement à celles qu’on nous offre aujourd’hui) l’effet de surprise qu’elle produit s’use rapidement. « Les paradoxes d’aujourd’hui sont les préjugés de demain » disait Marcel Proust. L’inverse n’est pas faux : les poncifs d’hier ouvrent parfois la voie d’un renouvellement. C’est pourquoi Verdi appelait à revenir à l’ancien y voyant un progrès. Le seul moyen à notre époque d’être à la fois solide et original n&#8217;est pas de trouver autre chose que de vieux vêtements à exposer mais de rivaliser avec les classiques.</p>
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		<title>Kafka et Orwell à l&#8217;époque de l&#8217;art contemporain</title>
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		<pubDate>Fri, 12 Feb 2010 11:17:29 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mavrakis</dc:creator>
				<category><![CDATA[Art / Non-art]]></category>
		<category><![CDATA[Aillagon]]></category>
		<category><![CDATA[art contemporain]]></category>
		<category><![CDATA[Kafka]]></category>
		<category><![CDATA[non-art]]></category>
		<category><![CDATA[Orwell]]></category>

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		<description><![CDATA[Qualifier le non-art contemporain de « n’importe quoi » revient à proférer à la fois un lieu commun et un énoncé trop déviant pour être audible à quiconque n’est pas un intellectuel marginal. Ce n’est pas une raison pour ne pas marteler ce poncif provocateur encore et encore avec le courage de Guillaume le taciturne [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Qualifier le non-art contemporain de « n’importe quoi » revient à proférer à la fois un lieu commun et un énoncé trop déviant pour être audible à quiconque n’est pas un intellectuel marginal. Ce n’est pas une raison pour ne pas marteler ce poncif provocateur encore et encore avec le courage de Guillaume le taciturne dont la maxime était : « Il n’est pas nécessaire d’espérer pour entreprendre ni de réussir pour persévérer ». Face à la quiétude conformiste ou au cynisme routinier des bureaucrates dans le style de Jacques Aillagon (directeur de Versailles), soyons aussi obstinés que l’arpenteur d’un autre château, celui de Kafka.<br />
Je précise que « n’importe quoi » n’est pas une injure ou une expression dépréciative mais une définition, à prendre au pied de la lettre. Pourrait-on citer un objet, une matière, un dispositif, un geste, une attitude qui ne puisse figurer dans une exposition du prétendu « art contemporain » ? On le peut, répondront les plus malins ; ce serait un tableau ou une sculpture au sens habituel de ces mots. Autrement dit, l’art contemporain n’exclut rien sauf l’art, pour la raison, nous dit-on, que celui-ci, sortirait-il à peine de l’atelier, ne serait pas « contemporain ». Pour mériter ce prédicat, il ne faut avoir rien de commun avec l’art, comme la pyramide de Boltanski. Conclusion : l’art, c’est le non-art et inversement. Voilà une maxime digne de 1984 que les détenteurs du pouvoir appliquent avec une rigueur implacable.<br />
Ce qui est significatif et vend pour ainsi dire la mèche, ce ne sont pas les choix de tel ou tel fonctionnaire mais leur unanimité dans le soutien au non-art. Cette unanimité prouve le caractère oligarchique et totalitaire de notre régime, très bien masqué par ailleurs.</p>
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		<title>L&#8217;esprit des temps</title>
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		<pubDate>Fri, 05 Feb 2010 11:47:36 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mavrakis</dc:creator>
				<category><![CDATA[Menues réflexions]]></category>
		<category><![CDATA[Badiou]]></category>
		<category><![CDATA[Goethe]]></category>

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		<description><![CDATA[L’esprit des temps
S’il est vrai comme le disait Goethe que l’esprit des temps est celui des maîtres : « Was ihr der Geist der Zeiten heist / Das ist im Grund der Herren eigner Geist … » un certain refus d’être de son temps en matière d’art et de culture est une forme de révolte [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>L’esprit des temps</p>
<p>S’il est vrai comme le disait Goethe que l’esprit des temps est celui des maîtres : « Was ihr der Geist der Zeiten heist / Das ist im Grund der Herren eigner Geist … » un certain refus d’être de son temps en matière d’art et de culture est une forme de révolte contre l’ordre établi. Le courage qu’elle exige manque totalement à Badiou qui prône le courage dans les pages du Monde c’est-à-dire en étant du côté du manche. Ce grand génie révolutionnaire tient beaucoup à être        « contemporain » du grand capital et de sa politique dans les domaines de l’art, de l’immigration et de l’écologie.</p>
<p>Voir aussi la <em>note Kafka et Orwell à l&#8217;époque de l&#8217;art contemporain </em>de même que mes notes sur Badiou dans mon blog généraliste.<em> </em></p>
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		<title>La radicalité dans la pensée</title>
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		<pubDate>Thu, 04 Feb 2010 08:35:22 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mavrakis</dc:creator>
				<category><![CDATA[Menues réflexions]]></category>
		<category><![CDATA[art contemporain]]></category>
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		<category><![CDATA[Goethe]]></category>
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		<description><![CDATA[En politique ou en art toute prise de position radicale, toute &#171;&#160;décision&#160;&#187; au sens de Carl Schmitt, contient un élément de vérité. Seule en est dépourvue l&#8217;eau tiède du modérentisme. A un moment ou un autre les hommes s&#8217;en souviendront.
 *  *  *  *  *  *  *  *  *  *  *  *  *  *  *  *  [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: center;">En politique ou en art toute prise de position radicale, toute &laquo;&nbsp;décision&nbsp;&raquo; au sens de Carl Schmitt, contient un élément de vérité. Seule en est dépourvue l&#8217;eau tiède du modérentisme. A un moment ou un autre les hommes s&#8217;en souviendront.</p>
<p style="text-align: center;"> *  *  *  *  *  *  *  *  *  *  *  *  *  *  *  *  *  * </p>
<p style="text-align: center;">L&#8217;esprit des temps</p>
<p style="text-align: center;">S&#8217;il est vrai, comme le disait Goethe, que l&#8217;esprit des temps est celui des maîtres : &laquo;&nbsp;Was ihr der Geist der Zeiten heist / Das ist im Grund der Herren eigner Geist &#8230;&nbsp;&raquo;, un certain refus d&#8217;être de son temps en matière d&#8217;art et de culture est une forme de révolte contre l&#8217;ordre établi. Le courage qu&#8217;elle exige manque totalement à Badiou. Ce grand génie révolutionnaire tient beaucoup à être contemporain.</p>
<p style="text-align: justify;">Voir aussi la note intitulée Kafka et Orwell à l&#8217;époque de l&#8217;art contemporain.</p>
<p style="text-align: center;"> </p>
<p style="text-align: center;">L&#8217;adjectif et l&#8217;adverbe</p>
<p style="text-align: center;">Il faut se méfier de l&#8217;adjectif et de l&#8217;adverbe non parce qu&#8217;ils portent avec eux le risque du poncif, comme on l&#8217;a dit, mais parce qu&#8217;ils sont presque toujours superflus et redondants. Les écrivains qui ont créé des modèles de style en usent avec parcimonie. Au moment de se corriger, ils leur font la chasse en se gardant toutefois d&#8217;éliminer ces intrus jusqu&#8217;au dernier. C&#8217;est ce que je viens de faire aussi.</p>
<p style="text-align: center;"> </p>
<p>Voici une fable d&#8217;Esope traduite par moi :</p>
<p>Un chien de chasse aperçut un lion et se lança à sa poursuite mais quand le fauve se retourna et rugit, le limier battit précipitamment en retraite. Un renard le vit et lui dit: &laquo;&nbsp;Pauvre con, tu poursuivais un lion dont tu ne pouvais même pas supporter le rugissement&nbsp;&raquo;.</p>
<p>Moralité non prévue par Esope : la fable s&#8217;applique à Saakachvili déclanchant un <em>blitzkrieg</em> contre la Russie (en pensant peut-être qu&#8217;il avait un tigre à ses côtés).</p>
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		<title>Less is more</title>
		<link>http://www.kostasmavrakis.fr/2010/02/02/less-is-more/</link>
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		<pubDate>Tue, 02 Feb 2010 11:30:43 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mavrakis</dc:creator>
				<category><![CDATA[Menues réflexions]]></category>
		<category><![CDATA[style]]></category>

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		<description><![CDATA[Il faut se méfier de l’adjectif et de l’adverbe, non parce qu’ils portent en eux le risque du poncif, comme on le dit souvent, mais parce qu’ils sont souvent superflus et redondants. Les écrivains qui sont des modèles de style en usent avec parcimonie. Au moment de se corriger ils leur font la chasse en [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Il faut se méfier de l’adjectif et de l’adverbe, non parce qu’ils portent en eux le risque du poncif, comme on le dit souvent, mais parce qu’ils sont souvent superflus et redondants. Les écrivains qui sont des modèles de style en usent avec parcimonie. Au moment de se corriger ils leur font la chasse en se gardant toutefois d’éliminer ces intrus jusqu’au dernier. C’est ce que je viens de faire aussi.</p>
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		<title>Exhortation à Alain Paucard</title>
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		<pubDate>Tue, 26 Jan 2010 09:49:25 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mavrakis</dc:creator>
				<category><![CDATA[Art / Non-art]]></category>
		<category><![CDATA[Alain Besançon]]></category>
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		<category><![CDATA[Jean Dutourd]]></category>
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		<description><![CDATA[Alain Paucard a déjà produit une œuvre aussi variée qu’abondante publiée par de grands éditeurs, parfois préfacée par des personnalités illustres comme Jean Dutourd et, last but not least, couronnée deux fois par l’Académie française. Il m’a fait l’amitié de m’envoyer son dernier livre très spirituel : Manuel de résistance à l’art contemporain dont le [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Alain Paucard a déjà produit une œuvre aussi variée qu’abondante publiée par de grands éditeurs, parfois préfacée par des personnalités illustres comme Jean Dutourd et, last but not least, couronnée deux fois par l’Académie française. Il m’a fait l’amitié de m’envoyer son dernier livre très spirituel : Manuel de résistance à l’art contemporain dont le seul titre est fait pour m’enchanter. J’ai reçu enfin de lui une lettre dans laquelle à côté de mots aimables sur mon ouvrage Pour l’Art il exprime des vues qui ne coïncident pas toujours avec les thèses que je défends. Ma réponse est une sorte de parénèse ou exhortation dans laquelle je l’invite à faire encore un effort pour ne plus se soucier d’être moderne. J’y déploie une argumentation qui ne manquera pas d’intéresser mes fidèles visiteurs. La voici.</p>
<p style="text-align: right;">« Tout d’un coup, il m’est devenu<br />
indifférent de ne pas être moderne.»<br />
Roland Barthes</p>
<p>Merci pour ton livre et ta lettre que j’ai lus avec beaucoup d’intérêt. Je suis d’accord avec les trois-quarts de ce que tu dis ce qui nécessite quelques explications.<br />
Tu fais allusion à la fameuse définition de Maurice Denis. Elle a beaucoup servi pour légitimer l’abstraction mais c’est au prix d’un malentendu car elle est compatible avec une conception traditionnelle de cet art à laquelle adhérait son auteur. A la page 182 de mon livre Pour l’Art, je cite Delacroix déclarant que « le premier mérite d’un tableau est d’être une fête pour l’œil » et parlant de l’attrait qu’exerce une peinture même vue de loin et sans qu’on sache ce qu’elle représente ni ce qu’elle signifie (p 187). Delacroix était donc conscient de la beauté abstraite d’un tableau (figuratif). Est-ce à dire qu’il apprécierait la beauté d’une toile abstraite ? Rien n’est moins sûr. Les chefs d’œuvre de la peinture ancienne possèdent toutes les qualités d’une peinture abstraite mais ils en ont beaucoup d’autres dont cette dernière est privée. P 215 de mon livre susmentionné, tu pourras lire le passage suivant : « Bazaine, plaidant pour sa boutique, affirme que l’art de toutes les époques a été abstrait. L’exemple de Vermeer en serait la preuve. On ne voit pas comment cet éloge du maître de Delft pourrait conférer quelque lustre aux pauvretés non-figuratives. Si tout Bazaine est dans Vermeer, qu’en est-il de la réciproque ? C’est elle qu’il eût fallu établir. La figuration excède l’abstraction qu’elle inclut. Les œuvres de Vermeer, outre leurs qualités formelles dont Bazaine tire argument pour les annexer, recèlent bien d’autres richesses. … ». Voilà pourquoi je peux goûter Soulages, de Staël, Mathieu tout en exigeant plus et en sachant qu’il ne s’agit pas là de peinture mais d’une catégorie, dépourvue de symétrie, de l’art décoratif. Je te rappelle à ce propos la définition que je donne de l’art en général : « activité créatrice de formes signifiantes et prégnantes source d’émotion esthétique ». La définition de la peinture, dans sa conception la plus ambitieuse et aboutie inclut des critères supplémentaires qui sont 1) un vocabulaire emprunté au visible ; 2) le rendu des volumes et de l’espace tridimensionnel ; 3) le rendu de la lumière. Vermeer satisfait à tous ces critères. L’art byzantin renonce à l’espace tridimensionnel, ce qui justifie les réserves à son égard d’Alain Besançon.<br />
Aux pages 26-27 de ton livre tu déroules un inventaire de tous les objets improbables qui à un moment ou un autre ont prétendu au statut d’œuvre d’art sous l’invocation de saint Marcel Duchamp. Cette calamité n’est pas tombée du ciel ; elle a une provenance. Le premier ready made daté du début de 1914 est postérieur d’à peine neuf ans aux Fauves, de six ans au cubisme de Braque, de quatre ans à la première aquarelle abstraite de Kandinsky. L’urinoir est exactement contemporain des carrés de Malévitch. Les monochromes de Rodtchenko viendront juste après (1922). Cela signifie qu’à l’échelle de l’histoire l’effondrement de deux arts majeurs de la civilisation occidentale : la peinture et la sculpture a été presque instantané à partir du moment où leurs fondations dans la mimésis ont été sapées. Pour restaurer le grand art &#8211; et notre civilisation qui s’enracine dans la Grèce antique &#8211; il faut commencer par restaurer ces fondations comme tu le dis toi-même. Je te cite : « On ne construit – ou reconstruit – que sur des fondations » (p 24). Sans cette condition, rien n’est possible. Tout le devient dès lors qu’elle est remplie.<br />
Je conclurai, cher Alain, en brodant autour d’une pensée que je trouve à la page 47 de ton livre.<br />
Le dadaïsme a-t-il été une révolte contre la boucherie de 14–18 comme le prétend un certain discours apologétique ? Chez Duchamp, il précède la guerre et les joyeux loustics de Zürich n’étaient pas dans les tranchées. Ceux qui ont souffert étaient trop graves pour participer à de telles mascarades. Cependant, même si on admet cette justification, il n’en reste pas moins que la lutte actuelle « contre la barbarie » exige, selon tes propres termes, « le retour au classicisme », c’est-à-dire aux principes de l’ars perennis. Ces principes sont la formulation synthétique de ce qu’ont de commun les chefs d’œuvre de tous les temps. En s’y conformant, l’artiste reste fidèle à sa vocation. Il ne s’agit pas là d’un jugement de valeur exprimant un goût idiosyncrasique, mais d’un jugement de réalité concernant le statut ontologique de ce dont on parle : art ou non-art ? Il faut décider. Hic Rhodus, hic salta, disait Marx.</p>
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		<title>Rancière illustré par l&#8217;illustre Boltanski</title>
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		<pubDate>Fri, 22 Jan 2010 09:32:04 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mavrakis</dc:creator>
				<category><![CDATA[Art / Non-art]]></category>
		<category><![CDATA[Boltanski]]></category>
		<category><![CDATA[Grand Palais]]></category>
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			<content:encoded><![CDATA[<p>Dans Malaise de l’esthétique, Rancière décrit ce qu’il a vu à Paris dans une exposition d’art contemporain intitulée : « Voilà. Le monde dans la tête ». Il s’agissait pour l’essentiel, dit-il, d’«étalages d’objets quelconques » (p 77). Il y observe avec bonheur et sans la moindre réticence la vénération dont sont entourés des annuaires de téléphone périmés, les photographies d’un album de famille, un jeu de dés multicolores, un camping-gaz. Il ne fait pas de difficultés pour reconnaître que ce genre d’inventaire « rapproche l’art du plasticien de celui du chiffonnier » (p 78). Mais pour lui, cette louable humilité rabaisse le grand artiste au niveau du commun des mortels et en particulier des petites gens, ce qui autorise l’assimilation inverse haussant l’étal du fripier à la dignité d’œuvre d’art. C’est en tout cas ce dont rêve Rancière mais malheureusement l’Etat n’applique pas les principes de ce philosophe et n’attribue pas les commandes publiques par tirage au sort comme il aurait dû le faire aussi pour les portefeuilles ministériels. Cela casserait le marché spéculatif du non-art. C’est donc Boltanski et non le fripier lambda qui reçoit la plus vaste verrière de France pour y loger un égo à sa mesure. Mais, dira-t-on, ce lieu, comme son nom l’indique, est grand. Quel Michel-Ange, quel Tintoret pourrait le remplir ? Rassurez-vous, Boltanski, pourvu qu’il ait dévalisé le stock des Emmaüs, serait capable de couvrir le cirque de Gavarnie (quelle rigolade pour les gypaètes !). Dépourvu de la moindre trace d’imagination et ne laissant deviner aucun indice d’inventivité, cet homme était fait pour réussir comme « artiste contemporain ». A l’instar de Buren, il savait que son seul recours était l’exploitation répétitive de son fonds de commerce. En 1988, il fait voir à Toronto une installation : des fripes. En 1997 il expose à Paris une installation intitulée non pas « L’île des morts », comme le tableau sublime de Böcklin, mais « Le lac des morts ». Des fripes encore. Et aujourd’hui au Grand Palais ? Des fripes toujours.<br />
Au XIXe siècle, les gens, dit-on, visitaient le Salon des refusés pour se payer une pinte de bon sang en s’esclaffant devant les Impressionnistes. Aujourd’hui, la situation est l&#8217;inverse. C’est des larmes que vous verseriez, croyais-je, à la vue de la pyramide de Boltanski en vous souvenant du chef-d’œuvre de Grün « Vendredi au Salon des Artistes français » (1911).  J’y suis pourtant allé pour accompagner un ami qu’appelait le devoir professionnel et je ne l’ai pas regretté. Voulez-vous savoir à quoi ressemble un snob, un profane, un idiot (au sens étymologique) ? Eh bien, allez au Grand Palais, vous en verrez une belle collection. Ils sont reconnaissables à l’expression recueillie et pénétrée qu’ils arborent et qui leur est sans doute inspirée par les chroniques de Philippe Dagen. Autrefois, on riait devant certains tableaux, maintenant on rit devant certains spectateurs. Ils sont tellement persuadés, les malheureux, de décrypter, grâce au journaliste, des intentions d’une insondable profondeur, « oh altitudo ! », qu’ils se sentent parfaitement contents d’eux-mêmes. Certains d’entre eux accompagnent leurs élèves. Ils leur apprennent à respecter la bêtise et à ne pas se fier à leur jugement (ou à bien le dissimuler) face aux puissants. Or il faut l’être pour disposer du Grand Palais. Peut-on concevoir éducation civique plus efficace ?</p>
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		<title>Dialogue avec Alain de Benoist</title>
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		<pubDate>Fri, 15 Jan 2010 15:29:15 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mavrakis</dc:creator>
				<category><![CDATA[culture]]></category>
		<category><![CDATA[Alain de Benoist]]></category>
		<category><![CDATA[Badiou]]></category>
		<category><![CDATA[Eric Marty]]></category>
		<category><![CDATA[intégrisme]]></category>
		<category><![CDATA[Israël]]></category>
		<category><![CDATA[Jean-Claude Milner]]></category>
		<category><![CDATA[Palestiniens]]></category>

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		<description><![CDATA[Dans le numéro 134 de son excellente revue Eléments, Alain de Benoist recense mon dernier livre avec le sérieux et la franchise qu’on se plait généralement à lui reconnaître. Cette recension, reproduite ici à l’attention des lecteurs de ce blog, comportant, cependant, une inexactitude elle appelle de ma part la mise au point qu’on lira [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Dans le numéro 134 de son excellente revue Eléments, Alain de Benoist recense mon dernier livre avec le sérieux et la franchise qu’on se plait généralement à lui reconnaître. Cette recension, reproduite ici à l’attention des lecteurs de ce blog, comportant, cependant, une inexactitude elle appelle de ma part la mise au point qu’on lira plus loin.</p>
<p>Badiou mis à nu</p>
<p>C’est d’abord l’histoire d’une amitié rompue. Dans les années 1970, Kostas Mavrakis et Alain Badiou travaillaient ensemble à la revue maoïste Théorie et Politique. Le premier était alors le disciple et l’ami du second. Après quoi leurs itinéraires ont divergé. Mavrakis est aujourd’hui devenu un traditionaliste chrétien. Badiou a développé une œuvre philosophique fondée sur l’idée d’une vérité universelle abstraite, en même temps que, côté praxis, il s’engageait dans un « sans-papiérisme » échevelé (« tous les ouvriers qui travaillent ici sont d’ici et doivent être honorés comme tels, singulièrement les ouvriers de provenance étrangères » !). En 2005, il prononçait dans son livre intitulé Le siècle un panégyrique de l’art contemporain, que Mavrakis dénonçait au même moment, avec force, comme un « non-art ». La rupture devenait inévitable. Mavrakis considère aujourd’hui toujours Badiou comme « le plus grand philosophe vivant » (ce qui est un peu excessif), mais il ne le regarde pas moins comme un « adversaire » (ce qui est un peu faible). Dans ce livre remarquablement bien écrit, il cerne ce qui les sépare, ou plus exactement ce qu’il refuse dans le « système » Badiou. Ce dernier, bien entendu, est longuement critiqué pour ses vues en matière artistique. Son athéisme est par ailleurs dénoncé avec des arguments qui plairont aux croyants. Abordant le terrain politique, Mavrakis n’a pas de mal à montrer que les positions de Badiou rejoignent paradoxalement celles du libéralisme qu’il prétend combattre : « Sur la question des immigrés clandestins, il ne remarque pas qu’il est dans le même camp que les patrons et les médias ». D’où cette conclusion : « [son] progressisme est celui du grand capital mondialisé ». L’ouvrage s’achève sur un aperçu des lettres que les deux frères ennemis ont récemment échangées. A noter que Mavrakis aborde aussi les violentes critiques opposées à Badiou par certains « intellectuels judaïsants » (Eric Marty, Jean-Claude Milner). On a du mal à le suivre quand il assure qu’Israël est aujourd’hui « aux avant-postes de toutes les nations qui résistent au rouleau compresseur et niveleur de la mondialisation ».</p>
<p>Kostas Mavrakis, De quoi Badiou est-il le nom ? Pour en finir avec le (XXe) siècle, L’Harmattan 127 p, 13 euros.</p>
<p>Réponse à Alain de Benoist</p>
<p>La brève note consacrée à mon dernier livre par Alain de Benoist est un chef-d’œuvre de concision. Elle donne une idée assez juste et complète des principaux points de ma critique d’Alain Badiou et contient des appréciations flatteuses pour lesquelles je remercie l’auteur. J’aurais mauvaise grâce à lui reprocher certaines approximations car elles sont la loi du genre. Il m’est impossible en revanche de laisser passer une allégation qui n’est pas diffamatoire dans son intention mais donne lieu à un fâcheux malentendu. Je suis devenu, dit-il, « un traditionaliste chrétien ». Chrétien, certes, (et fier de l’être), mais ni traditionaliste ni partisan du dernier concile. Ma qualité d’orthodoxe fait que ces oppositions ne me concernent pas et qu’il est superflu pour moi et pour tous ceux qui appartiennent à ma confession de se prononcer sur elles.<br />
La tentation fut sans doute forte de se débarrasser de mon christianisme en me rejetant du côté d’une aile minoritaire et décriée du catholicisme. Mutatis mutandis, c’est le type d’opération dont Alain de Benoist fut la victime quand ses détracteurs l’ont d’abord classé (par association) à droite, puis à l’extrême droite et enfin du côté de Le Pen. Ayant été longtemps l’objet d’un injuste ostracisme, il devrait faire attention en distribuant des étiquettes stigmatisantes.<br />
La seule critique à la fois nette et allusive que m’adresse Alain de Benoist figure dans sa conclusion où je lis : « On a du mal à le suivre [Mavrakis] quand il assure qu’Israël est aujourd’hui ‘‘ aux avant-postes de toutes les nations qui résistent au rouleau compresseur et niveleur de la mondialisation’’». Pour quelle raison a-t-il du mal à me suivre ? Se pourrait-il qu’Israël ne défende pas son indépendance comme Etat national ? Ou bien dois-je comprendre qu’Alain de Benoist interprète mon approbation d’Israël sur un point très particulier, à savoir sa résistance à certains effets de la mondialisation, comme cautionnant en bloc l’oppression des Palestiniens ? Dans ce cas je précise que l’hubris dont se rend coupable le gouvernement de Jérusalem en comptant uniquement sur la force pour régler son conflit avec les Arabes (y compris la Syrie et le Liban) est à la fois moralement injuste et politiquement fatale si l’on considère les choses dans le long terme. Qu’arrivera-t-il quand l’Etat juif ne pourra plus compter sur l’Amérique et qu’il n’y aura ni cargaison d’armes ni zouaves pontificaux pour le sauver ? Il sera noyé dans l’océan arabo-musulman comme la Rome du Pape dans l’Italie unifiée. Conformément à un principe universel de la diplomatie, c’est maintenant, quand ils sont les plus forts, que les Israéliens devraient faire des concessions en vue d’une paix durable.</p>
<p style="text-align: center;"><strong>L&#8217;échange de répliques prend fin</strong></p>
<p style="text-align: left;">J&#8217;ai reçu de la part d&#8217;Alain de Benoist une réponse qui m&#8217;a entièrement satisfait. Ma mise au point amputée de quelques propos désobligants sera insérée dans le prochain numéro d&#8217;<em>Eléments </em></p>
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