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	<title>Kostas Mavrakis &#187; Art / Non-art</title>
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	<description>Chronique (et critique) de l&#039;art et du non-art</description>
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		<title>Avec Oskar Freysinger (suite II)</title>
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		<pubDate>Thu, 22 Dec 2011 11:15:06 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mavrakis</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Jean Robin :  Mozart et Léonard de Vinci ont  eu des mécènes. Aujourd’hui le financement par l’Etat est gratuit, sans souci de retour sur investissement. L’Etat peut se le permettre puisque ses largesses se font avec l’argent du contribuable.
K. M. : Vous supposez qu’il n’y a aucun lien entre le monde de l’argent, auquel appartiennent les mégacollectionneurs, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong>Jean Robin</strong> : <em> Mozart et Léonard de Vinci ont  eu des mécènes. Aujourd’hui le financement par l’Etat est gratuit, sans souci de retour sur investissement. L’Etat peut se le permettre puisque ses largesses se font avec l’argent du contribuable</em>.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>K. M</strong>. : Vous supposez qu’il n’y a aucun lien entre le monde de l’argent, auquel appartiennent les mégacollectionneurs, et celui des politiciens. Or les  intérêts qui soutiennent le non-art sont les mêmes dont dépendent les hommes qui alternent au sommet de l’Etat  Celui qui se mettrait à dos de grands capitaines d’industrie comme Pinault et Arnault n’aurait aucun avenir. Qui financerait ses campagnes électorales ?</p>
<p style="text-align: justify;"> <strong>J. R.</strong> : <em> C’est nous qui les finançons depuis la loi de 1995</em>.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>K. M</strong>. : En partie seulement. Quand on apprend que tout récemment encore Liliane Béttencourt distribuait des enveloppes bien garnies …</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>J. R.</strong> : <em>C’était illégal</em>.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>K. M</strong>. : Certes, mais pas exceptionnel. Il y eut aussi l’affaire des rétrocommissions dont l’annulation fut payée par l’attentat de Karachi et les dons généreux (mais non désintéressés) des potentats africains tel Bongo. Tous les politiciens reçoivent légalement de l’argent sur les fonds publics mais ceux qui bénéficient de quelques extras en marge de la loi sont avantagés. Il y a cependant autre chose qui est plus fondamental. Les très riches ont barre sur les médias auxquels ils peuvent accorder ou refuser leurs campagnes publicitaires. A leur tour, les médias tiennent à leur botte les hommes politiques. En Angleterre, ces derniers rampaient devant Rupert Murdoch et fermaient les yeux sur ses méfaits parce que leur réélection dépendait de lui. Les responsables de la police, à qui on avait graissé la patte, s’abstenaient d’enquêter sur les délits commis par cette presse de caniveau. Un vaste réseau de complicités enserre la vie publique en France comme ailleurs. On pourrait se dire : quel mal à cela ? Après tout, depuis que le monde existe, c’est le petit nombre qui gouverne. Même l’illégalité, la corruption, le favoritisme ne sont pas une raison de se gendarmer car, à petite dose, ces abus mettent de l’huile dans les rouages comme le remarque Mère Courage dans la pièce éponyme de Brecht.</p>
<p style="text-align: justify;">Si cette façon de voir un peu cynique se justifie alors on comprend que les conflits d’intérêts apparaissent comme des peccadilles qui n’offusquent personne. On connaît le cas de cet ancien ministre nommé par Sarkozy à la tête de l’établissement public du château de Versailles qui en profita pour offrir un somptueux cadeau à son ancien employeur, Pinault, en exposant dans la galerie des glaces et les appartements royaux le non-art de  Koons. Ses objets kitsch  ont vu  leur cote grimper encore plus à la suite de ce coup de pub gratuit. Apprenez, si vous ne le savez déjà, que Pinault est une des principaux collectionneurs de Koons. Un renvoi d’ascenseur était sans doute escompté. Ce fut la nomination à la tête de la fondation Pinault à Venise (<em>Palazzo Grassi</em> et <em>Dogana</em>) de l’«ami » de Jacques ’Aillagon, Martin Béthenot ( On trouvera dans mon blog plus d’informations sur cette affaire Koons-Murakami).</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>O. F.</strong> : <em> A l’époque de Mozart qu’était le retour sur investissement ?</em> </p>
<p style="text-align: justify;"><strong>J. R.</strong> : <em> Le prestige</em>.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>O. F</strong>. : <em>Ce n’était pas un avantage financier. Il y avait des contraintes par rapport à l’œuvre qui conservait sa vertu éducative. Aujourd’hui l’art doit se vendre à la plus grande masse possible</em>.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>K. M</strong>. : Il faut distinguer entre les disciplines artistiques. Certaines, qui nécessitent un public de masse, sont restées vivantes vaille que vaille. C’est le cas du cinéma, qui doit faire des entrées, ou du roman, qui doit vendre des exemplaires en nombre suffisant. Du coup, l’artiste ne peut mépriser son public pour faire le malin. Il doit l’émouvoir et lui plaire ce qui, selon Molière, est « la règle de toutes les règles ». Il n’en va pas de même pour les arts dits « plastiques » ou pour l’architecture, dont aucune œuvre ne se donne comme vraiment multiple même s’il peut y en avoir plusieurs versions. Les modalités de production, de diffusion et de consécration sont très différentes dans les arts en question qui n’ont pas besoin d’un public payant de masse et peuvent se contenter d’un public de snobs et de rares et richissimes acheteurs. Voilà pourquoi l’avant-gardisme et le non-art n’ont pas sévi partout, et que certains arts subsistent (quoiqu’à un niveau dégradé) en ayant conservé leurs critères d’excellence, alors que les autres sont quasiment morts. Non qu’il n’y ait pas toujours des peintres et des sculpteurs authentiques, simplement les médias les ignorent délibérément. Tout se passe comme s’ils n’existaient pas. Les intérêts qui sponsorisent le non-art directement ou par l’intermédiaire des institutions de l’Etat, ont les moyens de bannir radicalement l’art en commençant par l’interdiction d’en parler dans les médias</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>J. R.</strong> : <em>Est-ce que vous pensez que la perte de sens est liée à la déchristianisation ?</em></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>K. M</strong>. : Il n’y a jamais eu de civilisation sans religion. Donc si celle-ci recule ou dépérit, ce n’est pas bon pour l’art.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>J. R. </strong>:<em> L’imagination ne pourrait-elle suffire ? </em></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>O. F.</strong> : L’imagination est aussi diverse et variée que les individus. Elle ne saurait fédérer une communauté.                 </p>
<p style="text-align: justify;"><strong>J. R.</strong> : <em>Quelle solution appelez-vous de vos vœux ?</em></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>K. M</strong>. : Une solution doit être réaliste, faute de quoi ce n’est pas une solution. Elle doit donc partir des faits objectifs. J’en vois deux en considérant les choses du point qui m’importe le plus. 1° le capitalisme, forme particulière de l’oligarchie de toujours, a détruit au vingtième siècle l’art et la civilisation ; 2° il s’acharne maintenant à détruire la planète. Il fait cela non pas en obéissant à de mauvaises intentions mais parce que dès le début telle était sa nature ou, si l’on veut, sa logique à savoir de fonctionner selon un cycle de « reproduction élargie » (Marx), contrairement aux sociétés antérieures dont l’économie suivait un cycle de reproduction simple. Il s’en suit que le capitalisme tend vers l’infini ce qui est incompatible avec le caractère limité de notre terre donc avec les conditions d’existence matérielle de l’humanité. On ne peut donner le coup d’arrêt indispensable à ce processus désastreux qu’en s’attaquant à sa cause, le capitalisme, qui est aussi celle du déclin de l’art et de la civilisation.     </p>
<p style="text-align: justify;">En disant cela je suis sûr de soulever des protestations. Ne suis-je pas un Don Quichotte chez qui le ridicule le disputerait à l’odieux ? Pourtant je continue à me tenir sur le terrain du réalisme le plus rigoureux. « Les civilisations sont mortelles », disait Paul Valery mais le capitalisme qui a tué la nôtre ne l’est pas moins. L’époque de l’énergie bon marché n’est plus. L’époque où les métaux et autres matières premières étaient abondants et faciles à extraire aussi.  La globalisation aura pour conséquence que la loi des rendements décroissants frappera tous les pays. Après le Japon, après l’Europe, c’est déjà le tour des Etats Unis. L’Inde et la Chine suivront. Notre avenir ne sera pas celui d’une évolution lente et graduelle. L’histoire de la terre et l’histoire de l’humanité nous apprennent que les changements ont lieu brusquement quand un seuil ou un point de basculement est atteint. Agir maintenant, quitte à ce que ce soit au détriment des intérêts immédiats du capital, est impossible. Cela coûterait trop cher, nous dit-on.  Ne rien faire  comme semblent l’avoir décidé tous les chefs d’Etat est possible mais coûtera (et coûte déjà) mille fois plus. Conclusion, le réalisme aujourd’hui  consiste à exiger l’impossible. Puisque déjà sont apparus sur le mur les signes (<em>Mané, Thékel, Pharès)</em> annonciateurs de la fin de notre système économique et social et que cette fin est indépendante de notre volonté ou de nos incantations (les Don Quichotte sont ceux qui pensent le contraire), il faudrait peut-être réfléchir à ce qui pourrait remplacer ce type de société. Je suis certain que ce monde différent, favorable à la vie, le serait aussi à l’art et à la civilisation …</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>J.  R</strong>. : <em>… et à la qualité</em>.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>K. M</strong>. : Il faudra consommer moins et autrement, en mettant l’accent sur la qualité plutôt que sur la quantité. On ne peut tolérer que les fabricants s’entendent entre eux pour produire des appareils dont l’obsolescence est programmée.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>O. F.</strong> : <em>Il y aura une crise économique mondiale. Le système va s’effondrer. Malheureusement l’être humain n’est pas capable de renoncer à quoi que ce soit avant d’y être contraint par la réalité</em>.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>J. R. </strong>: <em>C’est la technique</em></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>O. F.</strong> : <em>L’être humain ne s’arrête jamais à midi moins cinq. Il va jusqu’à midi cinq. Il faut que la catastrophe arrive comme lors de la deuxième guerre mondiale. Peut-être que cette crise sera pour lui  une chance de parvenir à une autre logique imposée par le mécanisme même qui a engendré la crise.</em></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>K. M.</strong> Vous avez, Jean Robin, prononcé le mot « technique » et vous, Oskar Freisinger, le mot « mécanisme ». Cela me fait penser que les hommes, loin de commander à la technique, en sont de simples fonctionnaires. De la vient la difficulté pour les décideurs de décider et de maîtriser quoi que ce soit. Parmi les intellectuels de gauche, on suce et resuce le mot fétiche « émancipation ». Pour l’homme d’aujourd’hui, l’émancipation suprême serait celle qui le détacherait du joug de la technique dont il attend tout alors qu’elle lui réserve le pire. Cela pourrait être le thème  d’une autre discussion. </p>
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		<title>Avec Oskar Freysinger (suite)</title>
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		<pubDate>Sat, 17 Dec 2011 22:48:15 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mavrakis</dc:creator>
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		<description><![CDATA[ &#171;&#160;Serf ce peuple bâtissait des cathédrales, émancipé il ne construit que des horreurs&#160;&#187;
Cioran
Je remercie Jean Robin pour cette citation.
 
Freysinger défend la conception romantico-anarchiste selon laquelle l’art est antinomique au pouvoir sauf l’art baroque qui serait à l’origine de tous les maux. Si je m’étais permis de l’interrompre j’aurais pris la défense du baroque et notamment [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p> <em>&laquo;&nbsp;Serf ce peuple bâtissait des cathédrales, émancipé il ne construit que des horreurs&nbsp;&raquo;</em></p>
<p style="text-align: right;"><strong><em>Ci</em>oran</strong></p>
<p style="text-align: right;"><em>Je remercie Jean Robin pour cette citation.</em></p>
<p> </p>
<p>Freysinger défend la conception romantico-anarchiste selon laquelle l’art est antinomique au pouvoir sauf l’art baroque qui serait à l’origine de tous les maux. Si je m’étais permis de l’interrompre j’aurais pris la défense du baroque et notamment du Caravage, du Bernin, de Borromini et, en ce qui concerne sa thèse générale, j’aurais attiré son attention sur la multitude de contre-exemples prouvant que l’art est généralement au service des puissants même si l&#8217;on peut y reconnaître parfois une secrète connivence avec les courants souterrains, expression latente des aspirations populaires.</p>
<p>Freysinger : Certaines œuvres d’art ont une vocation universelle.</p>
<p>K. M. C’est vrai car le pouvoir de toucher universellement est une caractéristique des grandes œuvres d’art. Elles ont ce pouvoir dans la mesure où elles expriment avec une intensité maximale les particularités individuelles, ethniques, civilisationnelles. En parlant de lui-même, le grand artiste parle de tous et s’adresse à tous car il partage avec ses congénères une même nature humaine. C’est ce qui explique que l’on puisse goûter les œuvres produites par des hommes appartenant à des cultures très éloignées de la nôtre. Encore faut-il qu’il s’agisse d’œuvres d’art susceptibles d’êtres distinguées comme telles. Nous avons donc une universalité chargée de sens à l’opposé de celle que revendiquent les objets appartenant au non-art contemporain, indiscernables d’un objet quelconque.</p>
<p>Jean Robin : Quelle solution ? Un retour en arrière ? Une prise en compte de ce qui s’est passé pour construire quelque chose de nouveau ?</p>
<p>K. M. Ce qui est en cause, c’est la vision qu’on a de l’histoire. Selon moi, celle-ci n’obéit pas à une tendance à se mouvoir vers je ne sais quel « avant ». Elle ne réalise pas inéluctablement le « progrès » comme le pensaient Kant, Hegel, Marx et, plus près de nous, Kojève-Fukuyama. Dans le devenir historique, il n’y a aucune fatalité. Quand l’URSS, créée par Lénine et Staline, s’est effondrée, nous n’avons eu ni un « retour en arrière » ni un progrès mais un vague mélange des deux, incompatible avec la conception progressiste et irréversible de l’histoire.   </p>
<p>Il s’agit donc de savoir non pas comment nous adapter à ce qui arrivera nécessairement (le fameux « sens de l’histoire ») mais comment trouver les voies et les moyens de changer le monde dans un sens souhaitable qui, selon moi, doit aller vers la civilisation et non vers la barbarie. Dans cette recherche, nous n’avons aucune garantie de succès. Même le matérialiste et déterministe Lénine savait que nous étions au début du XX<sup>e </sup>siècle à la croisée des chemins. Il disait contre Rosa Luxembourg que l’humanité était placée devant le choix : « Socialisme ou Barbarie ». Nous savons que c’est le deuxième terme de l’alternative qui l’a emporté. Ne parlons pas du <em>goulag</em>, des camps d’extermination allemands, des deux guerres mondiales. Considérons seulement ce dont nous discutons, l’art. Dans ce domaine, l’Occident, encore dominant, exporte depuis un siècle sa barbarie alors qu’au XIX<sup>e</sup> siècle il exportait sa civilisation comme l’atteste le palais du roi de Thaïlande. Aujourd’hui les tours, les barres et les blocs informes ou extravagants (penchés et tout de travers) se voient partout au mépris du climat et des traditions locales. Il s’agit avant tout de faire « moderne » sans craindre ni l’horreur ni le ridicule.</p>
<p>Bref la question qui se pose est : comment faire pour que la création artistique et le Beau  aient à nouveau droit de cité au lieu d’être <em>de facto</em> interdits ?</p>
<p>Jean Robin : …et soient financés …</p>
<p>K. M. Il faut qu’il le soient. Il y a toujours quelqu’un qui finance. Chez les Grecs, c’était la cité ce qui parfois soulevait des vagues. Il y eut ainsi des Athéniens qui trouvaient que le programme de Périclès coûtait trop cher. Alors ce grand homme répondit : si vous ne voulez pas payer, je le ferai moi-même de mes propres deniers mais sur le Parthénon et sous la statue chriséléphantine  sera gravée l’inscription « <em>Ex Voto</em> de Périclès ». Les protestations furent alors unanimes et on n’en parla plus.</p>
<p>Jean Robin : c’est le grand capital qui paye pour la conservation du patrimoine alors que l’Etat ne finance que « l’art contemporain ».</p>
<p>K. M. Il est vrai que l’Etat ou les responsables politiques locaux (tel Estrosi à Nice) défigurent nos villes au nom du soutien à « l’art contemporain » en érigeant sur les places publiques des tas de ferraille. Mais globalement ce sont les méga-collectionneurs privés (comme Pinault ou Arnault) qui achètent l’art contemporain et en imposent la promotion. L’Etat n’a pas les moyens d’acheter les « œuvres » les plus cotées. Ce dont il fait l’acquisition (à New York plutôt qu’à Paris) c’est du second choix. Il n’empêche que les prix déboursés avec l’argent du contribuable sont tellement exorbitants qu’on les tient secrets.</p>
<p>Freysinger : On est passé du mécénat désintéressé au <em>sponsoring</em> pour lequel il y a un « retour sur investissement ».</p>
<p>A suivre</p>
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		<title>Avec Oskar Freysinger (réflexions sur l&#8217;art et la civilisation)</title>
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		<pubDate>Sun, 11 Dec 2011 20:55:08 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mavrakis</dc:creator>
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		<description><![CDATA[A l’invitation de Jean Robin qui dirige les éditions Tatamis et anime l’excellent site Enquête et débat, j’eus le 3 décembre 2011 une discussion philosophique passionnante sur des questions relatives à l’art, la société, l’histoire avec le dirigeant politique suisse bien connu Oskar Freysinger dont je venais de lire le petit livre débordant d&#8217;humour et [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>A l’invitation de Jean Robin qui dirige les éditions <em>Tatamis</em> et anime l’excellent site <strong><em>Enquête et débat</em></strong>, j’eus le 3 décembre 2011 une discussion philosophique passionnante sur des questions relatives à l’art, la société, l’histoire avec le dirigeant politique suisse bien connu Oskar Freysinger dont je venais de lire le petit livre débordant d&#8217;humour et d&#8217;esprit en réponse à Stéphane Hessel <em>(Antifa</em> aus éditions Tatamis)<em>.</em> En me rendant au rendez-vous, je pensais rencontrer pour une conversation  amicale l’homme que j’admirais pour avoir mis en rage l’oligarchie européenne et notamment Cohn Bendit, en donnant l’occasion au peuple suisse de mettre un terme par une « votation » à la multiplication des minarets. Je ne savais pas que l’entretien serait filmé et enregistré ni quels seraient les sujets abordés. Sur ce dernier point d’ailleurs, mes interlocuteurs n’en savaient pas plus que moi. Nous avons même eu de la peine à cadrer le débat. Comme nous étions d’accord sur presque tout nous craignions qu&#8217;il se réduise à une causerie de bonne compagnie. Il s’avéra qu’il pouvait néanmoins être fort vif. Cependant improviser sur des problèmes aussi délicats et complexes est une entreprise semée d&#8217;embûches. Il m’a donc semblé utile de clarifier mes positions dans une version rédigée des propos que j’ai tenus. Pour avoir accès à la séance filmée cliquer sur google puis sur enquête &amp; débat.</p>
<p>Ma prise de parti dans les conflits qui opposent les hommes aujourd’hui s’explique par mon engagement en faveur de la civilisation et de l’art. Les deux sont étroitement liés car l’art de  chaque civilisation en définit l’essence. Ce que les archéologues nomment la « civilisation matérielle » (les objets, les outils, les techniques, éventuellement la science), est dissociable du monde qui l’a produite. L’Europe a emprunté à la Chine la boussole, le papier,  l’imprimerie, sans pour autant s’enchinoiser. Alors que si elle en avait adopté l’architecture, la peinture, la musique, elle serait devenue un appendice périphérique de l’Empire du Milieu comme l’étaient autrefois le Vietnam et la Corée. L’Europe ne l’a pas fait parce qu’elle avait sa propre civilisation qui ne le cédait à aucune autre. Aujourd’hui les civilisations sont toutes bien mal en point à cause de l’affaiblissement de leurs fondements spirituels. Leur épanouissement suppose une religion, une hiérarchie de valeurs, une tradition. Tout cela étant battu en brèche, elles ne peuvent que dépérir. La cause est à rechercher dans l’ordre économique et social qui conserve notre patrimoine mais démolit notre héritage. Cette structure qui n’impose pas une fatalité conditionne cependant une tendance, un penchant des individus à se diriger dans un certain sens. On le voit bien dans le domaine de l’écologie. Des sociétés brillantes ont disparu parce qu’elles n’ont pu se résoudre à préserver leur environnement. Cette fois-ci la catastrophe affectera le globe entier. Les décideurs le savent mais  ne veulent pas le savoir. Le souci du court terme empêche de faire ce qu’il faut pour éviter l’issue qui s’annonce et plus on tarde, plus les mesures salutaires deviennent onéreuses et moins on est disposé à payer ce prix. La super-classe mondiale (que regroupe en France « Le Siècle » et  dont les représentants à l’échelle globale se réunissent à Bilderberg) est incitée par la poursuite de ses intérêts immédiats à détruire 1°à long terme la nature dont la garde nous a été confiée, 2° à court terme, toutes les identités culturelles. Celles-ci sont en effet perçues par les intérêts dont je parle comme susceptibles (à travers le patriotisme) de faire obstacle à la circulation sans règles ni entraves des capitaux (délocalisables et transférables), des hommes (s’installant où ils veulent sans demander la permission), des marchandises (qui font disparaître par le <em>dumping</em>  les productions du pays). Ce qu’ils veulent, c’est une mode identique en tout lieu, un nomadisme et un mélange universel. Leur mot d’ordre est « des jeans et des macdo partout ». Encore une raison pour les représentants du très grand capital financier de promouvoir ce que j’appelle le non-art et eux l’art contemporain. Celui-ci présente pour ces messieurs plusieurs avantages. N’ayant aucun contenu, il dispense d’un bagage culturel pour s’y repérer, ne créant pas de formes, il n’exige pas un goût éduqué pour être apprécié. N’étant pas tributaire d’une civilisation particulière, il semble n’exclure personne. Bref, tous peuvent s’y reconnaître et s’en servir comme signe de reconnaissance (entre riches). L’universalisme du marché mondial appelle un art universel <em>a priori</em> (indépendamment de ses qualités). Rien n’étant plus universel que le rien, cet art prétendu reflète le néant de signification logé au cœur de notre monde. Il est la marchandise absolue qui, dépourvue de valeur d’usage (elle ne procure aucun plaisir esthétique) et réduite à sa valeur d’échange, ne vaut que par son prix. Le non-art est un des moyens dont se sert le capitalisme mondial financiarisé pour imposer son idéologie : le relativisme nihiliste. Ce relativisme se manifeste par l’absence de critères. Comme disait Beuys, tout homme est un artiste et donc tout est, ou pourrait être, de l’art. Récemment c’était des hardes que faisait tomber une grue dans le Grand Palais. Cela donnait un amoncellement de chiffons mais pourrait être n’importe quoi d’autre, par exemple un tas de charbon comme celui que propose à notre admiration le musée d’art contemporain de Bordeaux.</p>
<p>A ce point Freysinger évoque Duchamp. Je lui réponds que cette figure emblématique du dadaïsme était un ennemi déclaré de l’art, c’est pourquoi il a protesté contre la récupération dont il avait fait l’objet. Il écrivit à un ami : « Je leur ai lancé à la tête l’urinoir comme une provocation anartistique et voilà qu’ils en louent la beauté ».</p>
<p>(A suivre)</p>
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		<title>Le plaidoyer pro domo suo de Takashi Murakami</title>
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		<pubDate>Sat, 16 Oct 2010 09:49:26 +0000</pubDate>
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			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">J’ai dit ma jubilation à la lecture de Jimenez car je n’ai pas tous les jours un sparring partner (devrai-je dire un punching ball ?) aussi commode à me mettre sous la dent. Si les défenseurs de « l’art contemporain » sont tombés à ce niveau, tous les espoirs sont permis. Un moment viendra où plus personne ne prendra au sérieux des arguments aussi débiles, même pas ceux qui se servent encore de cette langue de bois dans les médias. La forteresse du non-art n’est pas plus solide que l’enceinte de Jéricho ou le mur de Berlin.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais si l’article de Jiménez a été pour moi source de grandes satisfactions, que dire de la tentative pathétique de Murakami lui-même pour plaider sa propre cause ! [1] Le premier use de procédés dignes de Goebbels pour discréditer ceux qui osent penser contre la doxa contemporaine. Il les accuse d’être, ne serait-ce qu’en apparence, pour « la tradition » contre « le progrès » (sic !), puis les avertit qu’ils sont à jamais exclus des médias et notamment des pages du Monde vu qu’ils refusent de célébrer le « métissage généralisé ». Il les traite enfin de xénophobes et de racistes, stigmatisation suprême destinée à leur fermer définitivement la bouche. Ainsi, sous la plume de Jimenez, le ridicule le dispute à l’odieux. Chez le Japonais, il ne reste que le ridicule. On le voit venir de loin avec ses gros sabots. L’art contemporain, dont il se considère avec raison comme un éminent représentant, serait « difficile à décrypter pour le visiteur qui n’a pas les connaissances et repères nécessaires ». Il faut croire que les aigrefins d’Andersen ont eu des disciples à Tokyo. Murakami a bien appris à faire la leçon à quiconque se montre réticent devant ses œuvres : « Ne vous inquiétez pas cher ami. Ca se soigne. Pour le moment, vous êtes décidément trop bête et ignorant mais en fréquentant des personnes raffinées comme MM. Pinault, Arnault, Aillagon, Jimenez (surtout pas Harry Bellet), vous comprendrez qu’une attitude réceptive vis-à-vis de l’art contemporain permet de distinguer les gens intelligents des autres. Les premiers sont compétents partout. Ils sont les arbitri elegantiarum modernes et peuvent en tant que ministres couper les vivres aux intermittents du spectacle et réduire drastiquement le budget de la culture. Comme hommes d’affaires, ils sont aptes à gérer un empire financier, mais aussi à décider ce qui est de l’art et ce qui ne l’est pas. Les intellectuels enfin qui gravitent autour de ces puissants personnages obéissent au doigt et à l’œil à toute sollicitation, ce qui leur permet, le cas échéant, de diriger une revue d’esthétique tout en affirmant que le beau et le laid sont indiscernables. Surtout, gardez-vous d’exprimer publiquement votre désapprobation à l’égard de ma présence à Versailles. Je me suis laissé dire par mon ami Aillagon que cette hostilité serait le symptôme d’une maladie considérée chez vous comme pernicieuse et contagieuse : « l’idéologie nationaliste ». Si vous semblez en être infecté, vous seriez mis en quarantaine. Les arguments d’Aillagon doivent être forts car ils ont persuadé Jimenez qui dit exactement la même chose ».</p>
<p style="text-align: justify;">Murakami est roublard. Il joint sa voix à une campagne de diabolisation de ceux qui trouvent mauvais que le non-art supplante l’art et, comme on le lui a soufflé, leur reproche leur nationalisme (imaginaire) mais par prétérition. «N’étant pas Français, je ne me prononcerai pas sur les mérites de cette idéologie », dit-il. Il faudrait donc pour cela être Français. Murakami le pense car il sait bien que dans son pays le nationalisme est une vertu comme on s’en aperçoit chaque fois qu’il y a une tension avec la Chine. Mensonge dans l’Hexagone, vérité à l’autre bout de la terre mondialisée.</p>
<p style="text-align: justify;">La dernière ficelle dont se sert la rhétorique de Murakami se rattache à la première. « Mon public, dit-il, n’est pas ici et maintenant, mais dans les années qui suivront ma mort ». Il s’apercevra, j’en suis sûr, que j’ai capté « quelque chose de l’essence du XXe siècle ». On a reconnu l’argument romantique : le grand artiste est toujours en avance sur son temps, ce qui fait de lui un incompris. Ne vous pressez pourtant pas de verser une larme sur le sort de ce « poète maudit ». MM. Pinault et Arnault et d’autres spéculateurs prennent bien soin de lui. Les Japonais, eux, le tiennent pour un clown (Harry Bellet<em> dixit</em>).</p>
<p style="text-align: justify;">[1] <em>Cf. Le Monde </em>du 2 octobre 2010.</p>
<p>Le Mardi 19 octobre à 20h30 je prononcerai une conférence à la Maison de la Culture de Nogent-sur-Marne sur le thème : &laquo;&nbsp;Avons-nous encore besoin d&#8217;art?&nbsp;&raquo;</p>
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		<title>Arnaqueurs et arnaqués du non-art</title>
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		<pubDate>Sun, 19 Sep 2010 10:34:43 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mavrakis</dc:creator>
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			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Un prix de l’art chinois contemporain a été fondé en 1998 par l’ancien ambassadeur de Suisse à Pékin Uli Sigg. On peut s’en étonner (n’y a-t-il pas plus près des Alpes des talents à encourager ?) mais l’explication est simple. La Chine était alors un terrain vierge pour les spéculateurs en non-art, la concurrence moindre, les rendements espérés meilleurs. On pouvait gagner beaucoup d’argent et la réputation de généreux mécène en suivant une recette simple comme bonjour : d’abord dénicher un jeune chinois taquinant le pinceau choisi aussi nul, aussi peu artiste que possible. Ensuite lui acheter son stock pour une bouchée de pain, le quidam étant inconnu et la Chine encore pauvre. Enfin lui décerner le prix. Aussitôt, sa cote s’envole et son ascension se poursuit atteignant des hauteurs stratosphériques quand le prétendu artiste est exposé à la foire de Bâle, au Centre Pompidou, au Whitney museum de New York grâce au réseau et à l’entregent de son protecteur intéressé (il n’a pas été diplomate pour rien). Le nom de son poulain : Zhou Tiehai ; sa spécialité : des bonshommes à tête de chameau sur de vieux journaux. Il est désormais répertorié dans le palmarès des cinq cent premiers anartistes mondiaux. Selon quels critères? Eh bien, selon le critère contemporain, le seul, celui qui s’exprime en termes financiers, vous savez bien … la cote. Qu’il y ait là un cercle vicieux (très vicieux !) ne vous a pas échappé. Pourquoi les gribouillis de Zhou Tiehai se vendent-t-ils cher ? Parce qu’il est un grand artiste. Pourquoi est-il un grand artiste ? Parce qu’il vend cher. A l’origine de cette montée sur l’Olympe, il y eut un coup spéculatif. Puis la spéculation s’emballa en s’autoalimentant. Tous ceux qui voulaient une part de l’aubaine se pressaient au portillon. Comme cela faisait monter les prix, ceux qui n’avaient pas encore acheté avaient le sentiment d’avoir manqué une bonne affaire et se précipitaient sans hésiter davantage. Mais les arbres ne montant jamais jusqu’au ciel, les plus riches et les mieux informés des spéculateurs sauront à quel moment se débarrasser de leurs Zhou Tiehai (avant la baisse) en les vendant aux collectionneurs qui font partie de ce que Harry Bellet nomme la liste B. Ceux-ci à leur tour les revendront, sans y laisser trop de plumes s’ils sont malins, aux bonnes poires de la liste C. Les acheteurs de cette dernière liste « sont souvent des entreprises, des banques et parfois même des musées. Ils se rendent rarement compte qu’ils ont été dupés ». Ces objets sont après tout « un élément de bilan qui n’apparaît pas en négatif dans les comptes tant qu’il n’est pas liquidé à perte. Voilà vous savez tout sur l’art ! » conclut Bellet . De toute façon, dans le jeu spéculatif, il y a des gagnants et des perdants. Mais il n’y a pas lieu de s’inquiéter pour ces derniers. Comme ceux qui fréquentent les casinos, ils sont cocus et contents.</p>
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		<title>Picasso et les origines du non-art</title>
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		<pubDate>Tue, 15 Jun 2010 14:08:03 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mavrakis</dc:creator>
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			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Comme le suggère mon titre, je me propose de situer Picasso dans la transition qui conduit au non-art. L’art authentique a continué à être pratiqué clandestinement, mais la transition dont je parle passe aux yeux des profanes pour appartenir au courant  principal  (<em>mainstream </em>) de l’histoire. Il s’agira d’expliquer un phénomène remarquable et assez mystérieux. Les bouffonneries facétieuses ou provocatrices du début de ce processus se présentent avec beaucoup de sérieux comme l’art le plus sublimes à sa fin. C’est la même chose, avec la foi du charbonnier en plus. Dans cette affaire, Picasso a joué un rôle décisif. Sans lui je ne crois pas qu’on aurait pu passer de Duchamp à Buren ou Boltanski.</p>
<p style="text-align: justify;">Examinons donc les points saillants de ce devenir. Les gestes inauguraux du non-art remontent aux deux premières décennies du XXe siècle. Les plus radicaux ont été la roue de bicyclette de Duchamp (1913) et le carré de Malévitch (1915). L’aquarelle abstraite de Kandinsky est datée (ou antidatée) de 1911 mais elle fut précédée par l’huile de Strindberg intitulée <em>Inferno</em> (1901). Le manifeste futuriste de Marinetti a été publié en 1909. Ces initiatives en apparence chaotiques obéissaient en fait à une logique : celle des stratégies poursuivies par les artistes en vue de surpasser leurs concurrents non par leur talent, ni même par leur audace mais par ce qui en est la caricature : le culot.  </p>
<p style="text-align: justify;">Le coup d’envoi de cette course vers l’abîme a été donné involontairement par Cézanne. Celui-ci aspirait à faire « du Poussin sur nature » sans en avoir les moyens. L’impuissance de ses efforts (il travaillait avec acharnement) ont fait que ses dernières ébauches (toutes ses toiles sont des ébauches) anticipaient Braque co-inventeur avec Picasso du cubisme. Les deux compères étaient donc en droit de se revendiquer de Cézanne. A son tour celui-ci avait commencé dans le sillage des Impressionnistes qui affaiblissaient la mimésis en érigeant en principe et en systématisant le style d’esquisse. Chez eux, ce qui subsiste d’illusionnisme est obtenu non par une représentation précise mais par un faire expéditif et abrégé comptant sur la suggestion quand le spectateur s’éloigne du tableau. Cézanne s’appuie sur cet « acquis », c’est-à-dire sur les libertés que prennent les Impressionnistes mais sa facture laborieuse (il n’a pas leur virtuosité en dessin) le conduit à durcir le rendu des volumes. Il apparaît ainsi à ses camarades comme un correctif à leur tendance au « flou artistique ». De là vient l’immense prestige dont il jouit auprès d’eux et dont témoigne le tableau <em>Hommage à Cézanne</em> de Maurice Denis (1901). D’admirables peintres, pour le malheur de la peinture, ont fait la réputation de celui qui est considéré aujourd’hui comme le maître de la Sainte Victoire. Or, sauf à jeter par-dessus bord des principes essentiels, les approximations qu’on peut se permettre à la rigueur dans un paysage ne sont pas acceptables dans la figure ; et Cézanne est aussi l’auteur des <em>Baigneuses</em>, sommet de hideur et d’incorrection mais pas de désinvolture car le malheureux faisait de son mieux. Il autorisait ainsi tous les écarts, volontaires ou non, qui sont venus après et qui nous ont conduit au point où nous en sommes.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est à cette époque où Cézanne connaît enfin la gloire que Picasso vient à Paris. Carriériste avisé, il sent tout de suite d’où souffle le vent. Il veut être célèbre comme peintre car, ayant abrégé sa scolarité, il ne sait rien faire d’autre. Or il se rend compte que la peinture touche à sa fin comme moyen de réussite. Il faut choisir l’une ou l’autre. Si l’on recherche la réussite, il faut tenir compte avant tout que s’éloigner de la figuration passe désormais pour une preuve de créativité. Picasso va donc accompagner la destruction de cet art selon le principe « puisque ces mystères nous dépassent, feignons d’en être l’organisateur ». Il  mènera, en effet, jusqu’au bout l’élimination de la figuration même s’il n’en fait pas la théorie comme Kandinsky. Le <em>Portrait de Kahnweiler </em>(1910) à New York, par exemple, est entièrement abstrait de même que le <em>Pigeon aux petits pois</em> qui vient d’être volé au Centre Pompidou. Dans les milieux de la peinture abstraite autour de 1920 – 1930, il était de mise de déclarer que le cubisme menait logiquement à l’abstraction mais que Picasso n’avait pas osé sauter le pas. Or s’il l’avait fait, il aurait rejoint ses concurrents. Mauvaise stratégie pour celui qui se veut « en avance » sur les autres. C’est pourquoi voyant que l’abstraction est associée aux yeux du public à Kandinsky et à Delaunay à cause de leurs écrits théorique, Picasso abandonne précipitamment le cubisme pour revenir à un art presque classique. Pas question de passer pour un suiviste.  </p>
<p>(à suivre)</p>
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		<title>M.-E. Nabe sur &#171;&#160;l&#8217;art contemporain&#160;&#187;</title>
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		<pubDate>Sun, 28 Mar 2010 20:24:35 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mavrakis</dc:creator>
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			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Mikael Faujour m’a signalé l’émission de Taddei du 22 mars dans laquelle il recevait Marc-Edouard Nabe à l’occasion de la parution de son roman <em>L’homme qui arrêta d’écrire</em>. A cette occasion, en effet le non-art contemporain s’est fait étriller d’importance par l’écrivain qui ne lui fait pas non-plus de cadeaux dans son livre. Notre époque et celle de l’impossibilité de faire de l’art et donc d’atteindre au beau et au sublime, dit Taddei en résumant le propos de Nabe. La raison en est, précise ce dernier, que les <em>leader</em> d’opinion pratiquent la table rase des soixante-huitards. Ils privent les nouvelles générations de l’accès à ce qui s’est fait avant elle. Ou alors ils ne lui montrent que des déchets en s’efforçant de lui faire croire qu’il n’y a que ça d’intéressant. C’est une opération de falsification. A force de substituer le faux à l’authentique et la culture à l’art et on a fini par en dégoûter les jeunes. Ils devraient se fier à leur instinct, à leurs passions et apprendre le discernement par la comparaison. Autrefois, il y avait des critiques qui jouaient leur rôle d’initiateurs et enseignaient à distinguer le bon du mauvais. Etre capable de porter un jugement comparatif est essentiel. Aujourd’hui les critiques se mettent hors des critères si bien qu’il n’y a rien à dire concernant l’art contemporain. Il n’est ni beau ni laid. Il est simplement cher. Devant cette escroquerie, les critiques sont à plat ventre en faisant semblant de trouver ça génial. Ils ont légitimé cette régression et cette infantilisation qu’illustrent les gadgets et jouets d’un Jeff Koons exposé à Versailles pour redresser sa cote menacée et faire plaisir au milliardaire François Pinault. Son homard, dit Nabe, a besoin de Versailles pour choquer, par contraste car il ne peut se soutenir par lui-même. Comment le pourrait-il ? Un homard après tout n’est qu’un homard. Les Koons et les Murakami sont les pompiers d’aujourd’hui. La preuve en est que les bourgeois les adorent.</p>
<p style="text-align: justify;">A un moment, la pensée de Nabe confine au génie. Voulant sans doute dire que le beau et le sublime ne sont pas affaire de caprice ou de jugement idiosyncrasique mais tiennent à des caractéristiques objectives, il déclare abruptement que c’est Dieu qui reconnaît ces qualités aux œuvres.        </p>
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		<title>Kafka et Orwell à l&#8217;époque de l&#8217;art contemporain</title>
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		<pubDate>Fri, 12 Feb 2010 11:17:29 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[Qualifier le non-art contemporain de « n’importe quoi » revient à proférer à la fois un lieu commun et un énoncé trop déviant pour être audible à quiconque n’est pas un intellectuel marginal. Ce n’est pas une raison pour ne pas marteler ce poncif provocateur encore et encore avec le courage de Guillaume le taciturne [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Qualifier le non-art contemporain de « n’importe quoi » revient à proférer à la fois un lieu commun et un énoncé trop déviant pour être audible à quiconque n’est pas un intellectuel marginal. Ce n’est pas une raison pour ne pas marteler ce poncif provocateur encore et encore avec le courage de Guillaume le taciturne dont la maxime était : « Il n’est pas nécessaire d’espérer pour entreprendre ni de réussir pour persévérer ». Face à la quiétude conformiste ou au cynisme routinier des bureaucrates dans le style de Jacques Aillagon (directeur de Versailles), soyons aussi obstinés que l’arpenteur d’un autre château, celui de Kafka.<br />
Je précise que « n’importe quoi » n’est pas une injure ou une expression dépréciative mais une définition, à prendre au pied de la lettre. Pourrait-on citer un objet, une matière, un dispositif, un geste, une attitude qui ne puisse figurer dans une exposition du prétendu « art contemporain » ? On le peut, répondront les plus malins ; ce serait un tableau ou une sculpture au sens habituel de ces mots. Autrement dit, l’art contemporain n’exclut rien sauf l’art, pour la raison, nous dit-on, que celui-ci, sortirait-il à peine de l’atelier, ne serait pas « contemporain ». Pour mériter ce prédicat, il ne faut avoir rien de commun avec l’art, comme la pyramide de Boltanski. Conclusion : l’art, c’est le non-art et inversement. Voilà une maxime digne de 1984 que les détenteurs du pouvoir appliquent avec une rigueur implacable.<br />
Ce qui est significatif et vend pour ainsi dire la mèche, ce ne sont pas les choix de tel ou tel fonctionnaire mais leur unanimité dans le soutien au non-art. Cette unanimité prouve le caractère oligarchique et totalitaire de notre régime, très bien masqué par ailleurs.</p>
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		<title>Exhortation à Alain Paucard</title>
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		<pubDate>Tue, 26 Jan 2010 09:49:25 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mavrakis</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Alain Paucard a déjà produit une œuvre aussi variée qu’abondante publiée par de grands éditeurs, parfois préfacée par des personnalités illustres comme Jean Dutourd et, last but not least, couronnée deux fois par l’Académie française. Il m’a fait l’amitié de m’envoyer son dernier livre très spirituel : Manuel de résistance à l’art contemporain dont le [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Alain Paucard a déjà produit une œuvre aussi variée qu’abondante publiée par de grands éditeurs, parfois préfacée par des personnalités illustres comme Jean Dutourd et, last but not least, couronnée deux fois par l’Académie française. Il m’a fait l’amitié de m’envoyer son dernier livre très spirituel : Manuel de résistance à l’art contemporain dont le seul titre est fait pour m’enchanter. J’ai reçu enfin de lui une lettre dans laquelle à côté de mots aimables sur mon ouvrage Pour l’Art il exprime des vues qui ne coïncident pas toujours avec les thèses que je défends. Ma réponse est une sorte de parénèse ou exhortation dans laquelle je l’invite à faire encore un effort pour ne plus se soucier d’être moderne. J’y déploie une argumentation qui ne manquera pas d’intéresser mes fidèles visiteurs. La voici.</p>
<p style="text-align: right;">« Tout d’un coup, il m’est devenu<br />
indifférent de ne pas être moderne.»<br />
Roland Barthes</p>
<p>Merci pour ton livre et ta lettre que j’ai lus avec beaucoup d’intérêt. Je suis d’accord avec les trois-quarts de ce que tu dis ce qui nécessite quelques explications.<br />
Tu fais allusion à la fameuse définition de Maurice Denis. Elle a beaucoup servi pour légitimer l’abstraction mais c’est au prix d’un malentendu car elle est compatible avec une conception traditionnelle de cet art à laquelle adhérait son auteur. A la page 182 de mon livre Pour l’Art, je cite Delacroix déclarant que « le premier mérite d’un tableau est d’être une fête pour l’œil » et parlant de l’attrait qu’exerce une peinture même vue de loin et sans qu’on sache ce qu’elle représente ni ce qu’elle signifie (p 187). Delacroix était donc conscient de la beauté abstraite d’un tableau (figuratif). Est-ce à dire qu’il apprécierait la beauté d’une toile abstraite ? Rien n’est moins sûr. Les chefs d’œuvre de la peinture ancienne possèdent toutes les qualités d’une peinture abstraite mais ils en ont beaucoup d’autres dont cette dernière est privée. P 215 de mon livre susmentionné, tu pourras lire le passage suivant : « Bazaine, plaidant pour sa boutique, affirme que l’art de toutes les époques a été abstrait. L’exemple de Vermeer en serait la preuve. On ne voit pas comment cet éloge du maître de Delft pourrait conférer quelque lustre aux pauvretés non-figuratives. Si tout Bazaine est dans Vermeer, qu’en est-il de la réciproque ? C’est elle qu’il eût fallu établir. La figuration excède l’abstraction qu’elle inclut. Les œuvres de Vermeer, outre leurs qualités formelles dont Bazaine tire argument pour les annexer, recèlent bien d’autres richesses. … ». Voilà pourquoi je peux goûter Soulages, de Staël, Mathieu tout en exigeant plus et en sachant qu’il ne s’agit pas là de peinture mais d’une catégorie, dépourvue de symétrie, de l’art décoratif. Je te rappelle à ce propos la définition que je donne de l’art en général : « activité créatrice de formes signifiantes et prégnantes source d’émotion esthétique ». La définition de la peinture, dans sa conception la plus ambitieuse et aboutie inclut des critères supplémentaires qui sont 1) un vocabulaire emprunté au visible ; 2) le rendu des volumes et de l’espace tridimensionnel ; 3) le rendu de la lumière. Vermeer satisfait à tous ces critères. L’art byzantin renonce à l’espace tridimensionnel, ce qui justifie les réserves à son égard d’Alain Besançon.<br />
Aux pages 26-27 de ton livre tu déroules un inventaire de tous les objets improbables qui à un moment ou un autre ont prétendu au statut d’œuvre d’art sous l’invocation de saint Marcel Duchamp. Cette calamité n’est pas tombée du ciel ; elle a une provenance. Le premier ready made daté du début de 1914 est postérieur d’à peine neuf ans aux Fauves, de six ans au cubisme de Braque, de quatre ans à la première aquarelle abstraite de Kandinsky. L’urinoir est exactement contemporain des carrés de Malévitch. Les monochromes de Rodtchenko viendront juste après (1922). Cela signifie qu’à l’échelle de l’histoire l’effondrement de deux arts majeurs de la civilisation occidentale : la peinture et la sculpture a été presque instantané à partir du moment où leurs fondations dans la mimésis ont été sapées. Pour restaurer le grand art &#8211; et notre civilisation qui s’enracine dans la Grèce antique &#8211; il faut commencer par restaurer ces fondations comme tu le dis toi-même. Je te cite : « On ne construit – ou reconstruit – que sur des fondations » (p 24). Sans cette condition, rien n’est possible. Tout le devient dès lors qu’elle est remplie.<br />
Je conclurai, cher Alain, en brodant autour d’une pensée que je trouve à la page 47 de ton livre.<br />
Le dadaïsme a-t-il été une révolte contre la boucherie de 14–18 comme le prétend un certain discours apologétique ? Chez Duchamp, il précède la guerre et les joyeux loustics de Zürich n’étaient pas dans les tranchées. Ceux qui ont souffert étaient trop graves pour participer à de telles mascarades. Cependant, même si on admet cette justification, il n’en reste pas moins que la lutte actuelle « contre la barbarie » exige, selon tes propres termes, « le retour au classicisme », c’est-à-dire aux principes de l’ars perennis. Ces principes sont la formulation synthétique de ce qu’ont de commun les chefs d’œuvre de tous les temps. En s’y conformant, l’artiste reste fidèle à sa vocation. Il ne s’agit pas là d’un jugement de valeur exprimant un goût idiosyncrasique, mais d’un jugement de réalité concernant le statut ontologique de ce dont on parle : art ou non-art ? Il faut décider. Hic Rhodus, hic salta, disait Marx.</p>
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		<title>Rancière illustré par l&#8217;illustre Boltanski</title>
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		<pubDate>Fri, 22 Jan 2010 09:32:04 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mavrakis</dc:creator>
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			<content:encoded><![CDATA[<p>Dans Malaise de l’esthétique, Rancière décrit ce qu’il a vu à Paris dans une exposition d’art contemporain intitulée : « Voilà. Le monde dans la tête ». Il s’agissait pour l’essentiel, dit-il, d’«étalages d’objets quelconques » (p 77). Il y observe avec bonheur et sans la moindre réticence la vénération dont sont entourés des annuaires de téléphone périmés, les photographies d’un album de famille, un jeu de dés multicolores, un camping-gaz. Il ne fait pas de difficultés pour reconnaître que ce genre d’inventaire « rapproche l’art du plasticien de celui du chiffonnier » (p 78). Mais pour lui, cette louable humilité rabaisse le grand artiste au niveau du commun des mortels et en particulier des petites gens, ce qui autorise l’assimilation inverse haussant l’étal du fripier à la dignité d’œuvre d’art. C’est en tout cas ce dont rêve Rancière mais malheureusement l’Etat n’applique pas les principes de ce philosophe et n’attribue pas les commandes publiques par tirage au sort comme il aurait dû le faire aussi pour les portefeuilles ministériels. Cela casserait le marché spéculatif du non-art. C’est donc Boltanski et non le fripier lambda qui reçoit la plus vaste verrière de France pour y loger un égo à sa mesure. Mais, dira-t-on, ce lieu, comme son nom l’indique, est grand. Quel Michel-Ange, quel Tintoret pourrait le remplir ? Rassurez-vous, Boltanski, pourvu qu’il ait dévalisé le stock des Emmaüs, serait capable de couvrir le cirque de Gavarnie (quelle rigolade pour les gypaètes !). Dépourvu de la moindre trace d’imagination et ne laissant deviner aucun indice d’inventivité, cet homme était fait pour réussir comme « artiste contemporain ». A l’instar de Buren, il savait que son seul recours était l’exploitation répétitive de son fonds de commerce. En 1988, il fait voir à Toronto une installation : des fripes. En 1997 il expose à Paris une installation intitulée non pas « L’île des morts », comme le tableau sublime de Böcklin, mais « Le lac des morts ». Des fripes encore. Et aujourd’hui au Grand Palais ? Des fripes toujours.<br />
Au XIXe siècle, les gens, dit-on, visitaient le Salon des refusés pour se payer une pinte de bon sang en s’esclaffant devant les Impressionnistes. Aujourd’hui, la situation est l&#8217;inverse. C’est des larmes que vous verseriez, croyais-je, à la vue de la pyramide de Boltanski en vous souvenant du chef-d’œuvre de Grün « Vendredi au Salon des Artistes français » (1911).  J’y suis pourtant allé pour accompagner un ami qu’appelait le devoir professionnel et je ne l’ai pas regretté. Voulez-vous savoir à quoi ressemble un snob, un profane, un idiot (au sens étymologique) ? Eh bien, allez au Grand Palais, vous en verrez une belle collection. Ils sont reconnaissables à l’expression recueillie et pénétrée qu’ils arborent et qui leur est sans doute inspirée par les chroniques de Philippe Dagen. Autrefois, on riait devant certains tableaux, maintenant on rit devant certains spectateurs. Ils sont tellement persuadés, les malheureux, de décrypter, grâce au journaliste, des intentions d’une insondable profondeur, « oh altitudo ! », qu’ils se sentent parfaitement contents d’eux-mêmes. Certains d’entre eux accompagnent leurs élèves. Ils leur apprennent à respecter la bêtise et à ne pas se fier à leur jugement (ou à bien le dissimuler) face aux puissants. Or il faut l’être pour disposer du Grand Palais. Peut-on concevoir éducation civique plus efficace ?</p>
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