Le non-art “nostalgique” du classicisme!

8 novembre 2009
Par Mavrakis

Ma précédente note sur la mafia de « l’art contemporain » montrait dans le cas d’un secteur de l’Etat combien peu dèmocratique est notre règime. Cette constatation n’est pas un scoop. La presse se réfère volontiers aux cercles où se prennent les décisions en parlant d’ »élite politico-médiatique », de « Tout Paris » voire de « microcosme » mais seuls des esprits hétérodoxes et subversifs comme Cornélius Castoriadis osaient dire que la France était gouvernée par une oligarchie. Désormais, il semble que Le Monde ait franchi le pas. Dans sa couverture de l’affaire Clearstream il mentionne sans ambages « l’oligarchie française ». Je n’en suis pas autrement réconforté, y reconnaissant moins un accés de lucidité qu’un progrès du cynisme. Les dominants se sentent assez forts pour ne pas avoir à justifier les choix qu’ils nous imposent et quand ils semblent le faire, c’est en se payant notre tête. Ne se heurtant à aucune contestation (ils sont les maîtres des médias) leur discours est un monologue qui peut frôler l’absurde sans gêne, parce que sans risque.

J’en ai eu la confirmation ainsi que du caractére international de cette coterie en visitant la villa Pisani à Strà prés de Venise. Comme à Versailles et au Louvre, on y exposait « Les classiques du contemporain ». Par exemple, oeuvre d’un certain Pistoletto (ma chi lo conosce?) une table découpée en formes convexes et concaves dans du contreplaqué déparait par une note vulgaire et cheap la superbe salle de bal. Commentaire du conservateur : « cette table aide la culture méditerranéenne à dialoguer avec Giambatista Tiepolo ». Le « dialogue » en question se réduit au fait que la table recouverte d’un miroir refléte le plafond du grand peintre rococo : et nous devrions prendre au sérieux cette malheureuse facétie qui ne tient même pas debout logiquement puisque Tiepolo n’est pas moins méditerranéen que Pistoletto. Sur l’herbe du parterre ondulait une ligne de cailloux blancs disposés par un autre  »classique » inconnu : Richard Long. L’auteur du dépliant nous aide à décrypter cette oeuvre, trop profonde pour nos esprits débiles. Ces pierres nous feraient paraît-il « réfléchir sur l’ordre de la terre ». Toujours sur le parterre, un arbre sec couché de Giuseppe Penone. Explication du dépliant : « L’arbre et le corps humain ont beaucoup de choses en commun. L’une d’elles est l’eau ». Le reste à l’avenant comme les petites sphères de Jannis Kounellis qui s’est fait connaître jadis en exposant des chevaux. Selon les organisateurs, l’exposition est  »un momemt de réflexion sur le rôle de la  »classicité » dans le travail (sic) des artistes contemporains ». Ceux-ci seraient animés « par la nostalgie du classicisme ».

Depuis un siécle quiconque émettait la moindre réserve vis-à-vis du modernisme se faisait traiter de passéiste et de nostalgique. Du moment qu’elle aide à conforter la prétention des anartistes à être quand même des artistes, c’est-à-dire à se situer dans la continuité de l’ars perennis, voilà que la nostalgie devient soudain licite. Cette prétention leur permet d’occuper la place de l’art et d’interdire à celui-ci d’exister. C’était tout le contraire pour les génies de la Renaissance ou du renouveau néoclassique autour de 1800. Ouvertement nostalgiques de l’antiquité, ils créèrent en l’imitant un style propre à leur époque qui poursuivait l’histoire de l’art au lieu d’y mettre fin.

En sortant du Palazzo Pisani, j’écrivis sur le livre d’or ces mots ironiques :  »Jusqu’ici je désapprouvais qu’on permette au prétendu « art contemporain » de parasiter les hauts lieux de notre culture: Je viens de changer d’avis en voyant combien la confrontation est instructive : d’un côté l’art, de l’autre le non-art ».

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