Francis Bacon le dernier peintre

12 juin 2009
Par Mavrakis

J’avoue humblement ne pas aimer Francis Bacon mais ce sentiment ne relève pas uniquement d’une réaction idiosyncrasique motivée par l’exclusion chez lui de la beauté naturelle, mais d’un jugement dont je peux donner les raisons. Selon moi le peintre, qui est presque entièrement libre en matière de couleur, doit respecter certaines limites quand il s’agit du dessin et ne pas renoncer à toute vraisemblance. Bacon s’était affranchi de ce précepte en vertu d’un choix qu’il avait fait dès le début et qu’il justifiait (sans esprit de système) par des arguments empruntés à l’idéologie moderniste. Les vrais motifs étaient autres. Désespérant de pouvoir rivaliser avec les grands peintres qu’il admirait comme Velasquez, il avait renoncé à les suivre sur la voie de la figuration stricte sans y renoncer entièrement. Il savait en effet qu’il y allait de l’art et que la peinture ne peut se passer de la mimésis. Ce qu’il ne savait pas, c’est qu’elle exige au minimum une figuration assez correcte pour être vraisemblable. Le résultat fut qu’il s’est toujours tenu sur le fil du rasoir entre art et non-art. Il préservait du premier un grand souci esthétique qui se manifestait dans les domaines de la couleur et de la composition et une figuration suffisante pour rendre ses formes expressives mais pas assez pour maintenir le lien avec l’essence de la peinture. Il se tient donc à la limite du pictural. Assez, en tout cas, pour être perçu comme allant à contre-courant et pour être qualifié par une personne que je connais bien de « dernier peintre ». C’est ainsi que s’explique son impatience vis-à-vis de l’art contemporain dont il ne voulait pas entendre parler. Il était conscient que l’art suppose des règles et des limites et qu’au point où il en était la moindre concession supplémentaire au discours avant-gardiste le ferait basculer dans le non-art pur et simple, dans la négation de tout ce qu’il avait fait jusque là et de tout ce qu’il admirait chez ses prédécesseurs.   

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