Lucian Freud n’est pas du goût d’Anne-Marie Bonnet

27 mars 2009
Par Mavrakis

L’art dit « contemporain » (mais vieux d’un siècle) a toujours refusé d’être jugé sur sa valeur esthétique. Seule compterait la « démarche » du soi-disant créateur, c’est-à-dire ses intentions. Longtemps celles-ci furent censées être innovantes. On devait rompre avec ses prédécesseurs, voire avec soi-même pour introduire constamment du nouveau. Cette conception appartient définitivement au passé. Pourtant la dénommée Anne-Marie Bonnet ne semble pas s’en être aperçu. Cette personne avait été invitée à l’émission d’Isabelle Giordano « De l’art ou du business » sur Arte le 12 mars en tant que membre, avons-nous compris, d’une commission chargée d’acheter des œuvres d’« art contemporain » pour le compte de l’Etat fédéral allemand. Elle fut incapable de préciser les critères qui déterminent ses choix mais indirectement elle en indiqua un, celui de la nouveauté dont je viens de dire la péremption. Selon elle Lucian Freud mériterait tout juste une note en bas de page dans l’histoire de l’art. Pourquoi ? Eh bien parce que depuis vingt ans il ferait  « toujours la même chose ». Si l’on veut, mais au moins est-ce de la peinture ce qui n’est pas rien par les temps qui courent. Après tout Corot ou Courbet ont fait en ce sens la même chose toute leur vie. Et surtout, surtout ! Buren, illustre artiste contemporain, n’a pas arrêté de nous montrer ses rayures achetées il y a quarante ans au Marché St. Pierre. Que dire aussi de cette autre célébrité nationale : Jean-Pierre Raynaud. Celui-ci raconte inlassablement dans quelles circonstances il « barbouilla » de peinture un pot de fleurs rempli de ciment pour la première fois. Dans Libération en août 2007, un critique (si l’on peut dire) lui demande : « Depuis vous avez toujours continué de faire des pots… » et Raynaud de répondre sérieux comme un pape : « Plus précisément je dirais que cela fait quarante cinq ans ». On pourrait multiplier à l’infini les exemples de néodadaistes répétant compulsivement les mêmes gestes prétendument transgressifs mais en fait académiques au pire sens du mot : un académisme du non-art. Anne-Marie Bonnet voit la paille dans l’œil de Lucian Freud mais pas la poutre dans l’œil des Buren, Raynaud, Toroni, Baselitz, Ryman et tutti quanti. Dans quel monde vit cette dame ?

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