UBS et le snobisme du non-art

7 mars 2009
Par Mavrakis

Le snobisme qui motive l’attitude de certains petits et même grands intellectuels à l’égard du prétendu « art contemporain », intervient aussi, sous une forme cette fois collective, dans la constitution de collections par des entreprises soucieuses de se donner une image avantageuse. Nous vivons à une époque sans idéal parce que l’argent est devenu la valeur suprême. Or tout se passe comme si le refus de l’héritage et de la tradition au profit d’une modernité qui serait synonyme de progrès servait d’idéal de substitution. Certaines institutions financières s’imaginent ainsi qu’elles doivent soutenir l’art contemporain. N’est-il pas à la pointe de la modernité ? C’était le cas d’UBS (Union des banques suisses) dont la collection, déjà importante, s’était encore enrichie depuis sa fusion en 2004 avec Paine Webber dont le directeur Donald B. Marron siégeait au Conseil du M.O.M.A (Musée d’art moderne de New York). Rien d’étonnant à ce qu’UBS ait conclu un étroit partenariat avec la foire internationale d’art contemporain de Bâle. Les responsables de cette banque d’affaires espéraient de cet engagement ce qu’on appelle un « retour sur image ». L’un d’eux déclarait par exemple : « Ces œuvres symbolisent la créativité et l’inspiration, deux éléments fondateurs dans la réussite de notre société ». Imaginez qu’un de leurs employés estime avec bon sens que les choses diverses et variées rassemblées par l’UBS ne sont pas de l’art et le dise publiquement. Ses supérieurs le tiendraient pour un ennemi « de la créativité et de l’inspiration » ou tout au moins pour un sujet déloyal. En raisonnant comme les dirigeants d’UBS, que penser aujourd’hui alors que la crise a déchiré le voile et montré ce qui se passait derrière ce théâtre d’ombres ? N’a-t-on pas appris qu’UBS a perdu 5,4 milliards d’euros au dernier trimestre 2008 et qu’en même temps ses clients lui ont retiré la gestion de 40 milliards d’euros ? Qu’elle refusait, malgré les sommations des instances officielles, de dédommager ses clients victimes (à cause de ses « manquements ») de la pyramide Madoff ? Qu’elle aidait ses clients américains à frauder le fisc ? Nous devrions en conclure que les œuvres anartistiques de sa collection symbolisent des procédés d’escrocs et de margoulins qui ont été la source de ses profits d’hier comme de sa déconfiture d’aujourd’hui. L’effondrement du marché de l’art intervenu en novembre 2008 met encore mieux en exergue ce parallélisme. A présent la collection d’UBS ne vaut pas plus que la réputation de créativité et d’inspiration de ses dirigeants.


Cité par Karine Lisbonne et Bernard Zürcher : L’art avec pertes ou profit ?, Flammarion 2007, p 99.

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